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Le PIB pourrait chuter de 20% au 2e trimestre malgré la reprise d'activité

L'activité dans le secteur privé a été tirée par le dynamisme des services.

L'activité dans le secteur privé a été tirée par le dynamisme des services. - -

Dans sa dernière note de conjoncture, l'Insee souligne que lors de la première semaine de déconfinement, la consommation n’aurait été "que" de 6% inférieure à son niveau d’avant-crise.

Un peu de lumière au bout du tunnel? Dans sa dernière note de conjoncture, l'Insee observe que le déconfinement a permis à l'économie française de sortir de son anesthésie.

"L’activité économique repart, prudemment mais nettement, dans la plupart des grands secteurs: industrie, construction, services. La perte d’activité liée à la crise sanitaire ne serait désormais 'plus' que de l’ordre de -21% (contre -33% estimé début mai). Autrement dit, l’économie française fonctionnerait à environ quatre cinquièmes de son niveau d’avant crise (contre seulement deux tiers pendant le confinement)", analyse l'institut national des statistiques.

La consommation des ménages au rendez-vous

La bonne nouvelle vient surtout de la consommation des ménages qui a bien été au rendez-vous lors de la première semaine de déconfinement. "Le rebond attendu de la consommation des ménages s’est concrétisé, peut-être d’ailleurs plus vivement en France qu’en Italie ou en Espagne. Nous estimons que cette semaine-là, la consommation n’aurait été 'que' de 6 % inférieure à son niveau d’avant-crise (contre -32% estimé début mai)", peut-on lire.

Dans le détail, la consommation en produits manufacturés aurait dépassé de 6% son niveau en situation normale d’activité, tandis que la consommation de services principalement marchands aurait été de 17% inférieure à une situation normale d’activité.

Mais l'Insee reste prudente et s'interroge sur la pérennité de ce rebond. "Une partie de ce rebond est ponctuelle, correspondant à des achats qui avaient dû être reportés. C’est pourquoi son ampleur ne permet pas à ce stade de déduire ce que sera le 'régime permanent' de la consommation pendant les prochaines semaines".

D'ailleurs, les perspectives sont peu encourageantes, le solde d’opinion des ménages sur le niveau de vie futur en France est au plus bas, tandis que celui sur la capacité d’épargne actuelle est au plus haut. 

Pas de retour à la normale avant plusieurs mois

"Malgré les soutiens monétaires et budgétaires massifs, les raisons sont nombreuses pour que l’économie ne revienne pas à la normale avant de longs mois: du côté de l’offre, certaines activités demeurent fermées à ce stade, les chaînes de valeur internationales sont profondément perturbées, les protocoles de sécurité sanitaire peuvent peser sur la productivité, et les destructions d’emploi d’ores et déjà enregistrées dès le premier trimestre viendront diminuer l’activité potentielle", explique l'Insee.

"Du côté de la demande, tous les postes peuvent être affectés, qu’il s’agisse du commerce extérieur, de l’investissement des entreprises ou bien de la consommation des ménages, lesquels peuvent être gagnés par l’attentisme dans cette situation inédite", souligne l'Insee.

Conséquence, le PIB pourrait diminuer d’environ 20% au deuxième trimestre 2020 (après -5,8% au premier trimestre), soit la plus importante récession depuis la création des comptes nationaux français en 1948: "un chiffre vertigineux, mais à la hauteur, si l’on peut dire, de ce qui s’est passé ces derniers mois dans le monde", souligne l'organisme.

Et pour l'année 2020, "même si l’activité économique revenait intégralement à son niveau d’avant crise dès le mois de juillet, le PIB français diminuerait de 8%, or un retour aussi rapide à la normale semble peu réaliste. L’impact global de la crise sanitaire en 2020 sera donc certainement supérieur à ce chiffre, car la reprise économique, en France et dans le monde, restera au mieux progressive au second semestre".

Olivier Chicheportiche