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Le MEDEF veut tourner la page

Le MEDEF veut tourner la page d’une posture de « combat » qui était la marque de Pierre Gattaz. Très discret depuis son élection en juillet dernier, Geoffroy Roux de Bézieux a l’ambition de « remettre le MEDEF au centre des débats ».

Le MEDEF est en plein doute. Le cœur de la machine patronale a accompagné Pierre Gattaz jusqu’au bout de son mandat, mais tout le monde a senti que la posture de combat trouvait ses limites et devenait inaudible. « L’affaire du million d’emploi est emblématique » nous dit un cadre de l’organisation, « cette proposition aurait dû susciter l’enthousiasme, une sorte d’élan national, or on est tombé dans une séquence de marchandage permanent, chacun, patronat, politiques, partenaires sociaux, demandant à l’autre des efforts et des contreparties. Au final, il est là le million d’emploi, mais qui le sait ? »

Le MEDEF a donc entrepris, avant même l’élection, une opération d’audit interne. Qui sommes-nous ? Qu’attendent les décideurs économiques d’une organisation patronale, qu’attendent les français d’une organisation patronale ? Questions aussi sur les sources de financement de l’organisation et sur la conquête de nouveaux adhérents. Les chantiers ont été lancés et Geoffroy Roux de Bézieux va pouvoir s’appuyer sur ce travail pour mettre en place sa ligne de conduite. Le nouveau patron des patrons est d’ailleurs resté très discret depuis son élection. Quelques interviews juste après le scrutin, et puis silence, laissant son nouveau numéro 2, Patrick Martin, monter au front contre l’idée de faire payer aux entreprises une partie des arrêts maladie.

Le MEDEF veut « anticiper plutôt que corriger »

Ceux qui l’entourent aujourd’hui affirment qu’il veut absolument revenir sur le terrain des propositions, « infuser à nouveau le débat public » nous dit un proche conseiller, « anticiper plutôt que corriger les évolutions, notamment les évolutions du monde du travail , Geoffroy Roux de Bézieux a fait campagne sur les mutations technologiques, sur la transition digitale, il a été élu sur ce programme, ce qui ne veut pas dire qu’il faille abandonner le discours sur les allègements de charges ».

C’est même la seule ligne de conduite qui soit constamment réaffirmée « la ligne rouge, c’est le coût du travail, il n’est pas question d’accepter le moindre recul de compétitivité ».« Quand on regarde les dernières décisions du gouvernement on est encore dans des gestes qui semblent improvisés, sans lendemain, sans cohérence » nous dit le président de la fédération des industries mécaniques, Bruno Grandjean, « quel est le projet ? est-ce qu’on résume les gains de compétitivité au maintien du CICE ?

La séquence des dernières 48 heures avec la mise en place anticipée des baisses de charges sur les heures supplémentaires, mais en face le report de la baisse des cotisations patronales sur le SMIC a quelque chose de désolant ».

Une politique pro-entreprise ?

Nouvelle posture d’autant plus difficile à trouver que le gouvernement va avoir des exigences. Edouard Philippe vient au MEDEF ce mardi dire que le gouvernement a le sentiment d’avoir fait le job, « que nous fassions une politique pro-entreprise c’est évident et je le revendique » disait hier Bruno Le Maire, et qu’il attend des entreprises qu’elles s’engagent davantage pour l’apprentissage et les territoires en difficultés. Il sera décidément très compliqué de sortir du « donnant-donnant » pour anticiper les mutations qui agitent chaque jour l’économie mondiale.

Stéphane SOUMIER