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Le gouvernement dégrade (un peu) ses prévisions de déficit

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- - Bertrand Guay- AFP

Les conséquences des mesures post-gilets jaunes continueront à peser sur le budget français avec 0,1 point de déficit supplémentaire entre 2020 et 2022.

Le gouvernement joue la carte du pragmatisme. Après avoir revu ses prévisions de déficit public à -3,1% cette année compte tenu des mesures annoncées suite à la crise des Gilets jaunes (17 milliards d’euros), le rapport préparatoire au débat d'orientation des finances publiques (DOFP) prévoit désormais 0,1 point de déficit supplémentaire pour la période 2020-2022 (soit plus de 2 milliards d’euros).

Concrètement, la prévision est désormais de -2,1%, -1,7% et -1,3% pour ces trois années, des seuils toujours inférieurs aux sacro-saints 3% de déficit maximum imposé par la Commission européenne. Reste que le gouvernement tablait encore sur un déficit ramené à 0,3% du PIB en 2022 à l'automne dernier, au moment du début des travaux sur la loi de finances 2019.

Cette « légère actualisation tient compte des annonces de sortie du grand débat », explique Bercy. Et il s’agit toujours de limiter ce dérapage à travers « des économies en réduisant les niches anti-écologiques » ou encore « celles concentrées sur les très grandes entreprises » afin « de préserver les grands équilibres du programme de stabilité ».

Maintien des prévisions de croissance

Par ailleurs, « l'État continuera à maîtriser sa dépense, notamment dans les secteurs du logement, des contrats aidés, de l'audiovisuel public, ainsi que le champ social dont l'assurance chômage, en plus de la revalorisation modérée de certaines prestations sociales, contenue à +0,3% », précise le texte.

Rappelons que la Cour des comptes se montre dubitative quant à la capacité du gouvernement à compenser les mesures annoncées par le président de la République fin avril. « La France est loin d'avoir résorbé ses déficits structurels alors que de nombreux voisins européens ont pratiquement atteint l'équilibre », a prévenu l'institution financière, jugeant « préoccupante » la « divergence accrue » entre la France et ses partenaires.

Pour le moment, Bruxelles observe ces dégradations avec bienveillance. Pourtant, au premier trimestre, le déficit public est déjà de 3,6% contre 2,6% à fin décembre 2018. Un retour ponctuel du déficit public au-dessus de la barre des 3% n'est « pas problématique » mais il faudra « que le chemin de la décrue des déficits et du recul de la dette reprenne son cours » après 2019, a prévenu le commissaire européen aux Affaires économiques Pierre Moscovici.

Concernant la dette publique, elle baissera également moins vite qu’attendu : elle devrait stagner en 2020 à 98,9 % du PIB (comme en 2019) avant de reculer à 98,3 % et 97 % respectivement en 2021 et 2022 (contre 98,1 % et 96,8 % précédemment espérés).

Le gouvernement a parallèlement maintenu sa prévision d'une croissance de 1,4% de l'économie française sur les années 2020, 2021 et 2022.

Olivier CHICHEPORTICHE