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La fin des régimes spéciaux est-elle vraiment possible?

Après les arbitrages du Premier ministre, les économistes Jean-Marc Daniel, Nicolas Bouzou et Victor Poirier ont débattu sur BFM Business de l'avenir des régimes spéciaux.

C'est peu dire que le Premier ministre Edouard Philippe n'a pas réussi à convaincre… Les syndicats ont contesté les arbitrages du gouvernement sur la réforme des retraites et ont laissé entendre que la grève devrait se poursuivre. Un des sujets les plus sensibles reste l'avenir des régimes spéciaux et notamment ceux de la SNCF et de la RATP, actuellement largement financés par les contribuables.

"Le sujet qui agite la rue, ce n'est pas la fin des régimes spéciaux, puisque la fin des régimes spéciaux, ce sera dans longtemps. Le sujet qui agite la rue, c'est comment on va vers la fin des régimes spéciaux? Comment va se passer la transition?" explique l'économiste Nicolas Bouzou sur le plateau de l'émission "12H, l'Heure H" ce mercredi sur BFM Business. "Elle doit se négocier métier par métier car il y a des vraies problématiques, il y a des vraies difficultés y compris sur des sujets qui peuvent apparaître comme des sujets absolument secondaires" souligne-t-il évoquant, par exemple, le cas des danseurs de l'opéra de Paris.

"Prendre du temps"

Il faudra donc du temps pour revenir sur les régimes spéciaux français. "En Suède, ça a pris 11 ans. En France, ça ne va pas en prendre un ou deux… C'est une réforme de très long terme" souligne Victor Poirier, directeur des publications de l'Institut Montaigne. Pour Nicolas Bouzou, c'est d'ailleurs "tout à fait normal, quand on a une réforme de cette ampleur (…) il me semble pas du tout anormal de prendre beaucoup de temps."

Mais la réforme peut-elle vraiment aboutir? "L'universalité va se faire, peut-être, sur une base assez importante mais il y aura néanmoins, au fur et à mesure, des particularités à creuser pour chaque métier" explique Victor Poirier.

"Une nécessité historique"

Mais elle va se faire, assure l'économiste Jean-Marc Daniel. "Le changement de statut de la SNCF fait que, de toute façon, le régime spécial de la SNCF, il était en train de mourir de lui-même" explique-t-il. "De même, sur la RATP, l'ouverture à la concurrence des transports parisiens va remettre en cause le statut de la RATP. Et il y a déjà des gens qui disent que la RATP sans régime spécial, ce n'est pas tellement le gouvernement qui va modifier les conditions d'exercice mais c'est Bruxelles, en disant: 'il faut qu'on ouvre à la concurrence les transports parisiens'".

"Donc il y a une sorte de nécessité historique qui est en train de jouer pour le gouvernement" poursuit-il. "Son problème, c'est comment habiller cette nécessité historique, comment faire en sorte que les gens n'aient pas l'impression que c'est une volonté de nuire de la part du gouvernement." Pas simple…

Thomas Leroy