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La dure vie des entrepreneurs: Macron persiste et signe

Le ministre de l'Économie, qui avait soulevé une vague de critiques à gauche en jugeant la vie des entrepreneurs "souvent plus dure que celle des salariés", a réitéré. Et même enfoncé le clou.

"La vie d'un entrepreneur était souvent plus dure que celle d'un salarié". Sa petite phrase prononcée mercredi a eu beau irriter une partie de la gauche, le ministre de l'Économie assume ses propos. Emmanuel Macron a de nouveau déclaré sa flamme aux entrepreneurs jeudi 22 janvier dans la soirée depuis le forum économique de Davos.

"L'entrepreneur, c'est le commerçant du coin de votre rue, c'est votre plombier, c'est celui qui crée une start-up du digital, c'est celui qui a créé une entreprise qui est devenue un grand groupe. C'est cela un entrepreneur", s'est il enthousiasmé au micro de BFM Business.

Tout en se défendant de vouloir les opposer aux salariés, il a rappelé que "la réalité de la vie d'un entrepreneur, c'est que c'est quelqu'un qui prend tous les risques, dont le travail ne s'arrête pas le soir ou le week-end, parce que c'est sa vie", a martelé le ministre de l'Économie.

"Le mot 'patron' ne veut rien dire"

"C'est quelqu'un qui peut tout perdre avec son entreprise: son travail, l'investissement de plusieurs années, et même sa maison jusqu'à une loi récente que nous avons fait passée", a-t-il rappelé, en référence à l'insaisissabilité de la résidence principale instaurée par la loi Macron. "Au moins maintenant, le domicile familial est protégé. Mais il pouvait le perdre jusqu'à il y a six mois. Il peut encore perdre la plupart de ses biens propres", a continué Emmanuel Macron.

Loin de tempérer ses propos de l'avant-veille, la bête noire des frondeurs de la gauche a appelé à "avoir de la considération, là où bien souvent, on embarque tout le monde en disant 'ce sont des patrons'. C'est faux, le mot 'patron' ne veut rien dire", a-t-il tonné. "La réalité, c'est que les entrepreneurs se battent, et (…) gagnent souvent moins qu'un cadre dirigeant de grand groupe", évoquant un salaire moyen de "4.000 euros pour les entrepreneurs français".

Le ministre coutumier des déclarations iconoclastes avait enflammé une partie de la gauche en déclarant mercredi que la vie d'un entrepreneur était "souvent plus dure que celle d'un salarié" en ce qu'il avait "moins de garanties". Il appelait ensuite à leur donner davantage de visibilité, notamment en plafonnant les indemnités qu'un salarié peut réclamer aux prud'hommes.

"Du mépris et des outrages"

Cette sortie avait suscité une avalanche de critiques, au PCF, au Parti de gauche, mais aussi à la gauche du PS. "Chaque année, des salariés, comme ceux de Continental ou de Goodyear, perdent tout. Et parfois même leur propre vie. Quand il retournera dans le privé, Emmanuel Macron aura gagné une nouvelle ligne à son CV: Hollandisme, au nom de la modernité, en charge du mépris de classe, des outrages et des adieux aux valeurs de gauche", avait fustigé dans un communiqué le porte-parole du PCF Olivier Dartigolles. "Emmanuel Macron n'a été salarié qu'une fois dans sa vie, comme cadre surpayé de la banque Rothschild. Une nouvelle fois, il se fait le porte-parole des idées de la droite", lui a fait écho le PG.

Du côté du parti socialiste, le chef de file des députés frondeurs Christian Paul s'est fendu d'un tweet virulent: "Perte de repères. Tellement loin des vies réelles. Poujadisme chic. Définitivement affligeant. Bye bye". Son collègue Yann Galut a dénoncé des propos "provocateurs et hors sol" qui "opposent les Français entre eux". Plus tempéré, le premier secrétaire du PS Jean-Christophe Cambadélis a estimé qu'il y avait dans la phrase du ministre un "mot de trop: 'souvent'". "Il aime bien faire des vagues", a-t-il ironisé.

N.G.