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La commission Attali propose un effort massif d'économies

La commission Attali sur la croissance propose un effort massif d'économies en trois ans pour amorcer le redressement des finances publiques françaises. "Si le taux de croissance (du PIB) est à 2,5% pendant cette période, il faut trouver 60 milliards d'eu

La commission Attali sur la croissance propose un effort massif d'économies en trois ans pour amorcer le redressement des finances publiques françaises. "Si le taux de croissance (du PIB) est à 2,5% pendant cette période, il faut trouver 60 milliards d'eu - -

PARIS - La commission Attali sur la croissance propose un effort massif d'économies en trois ans pour amorcer le redressement des finances publiques...

PARIS (Reuters) - La commission Attali sur la croissance propose un effort massif d'économies en trois ans pour amorcer le redressement des finances publiques françaises.

Sans nouvelles mesures pour rétablir ses finances et stimuler sa croissance, la France sera en effet en 2020 dans une "impasse économique, financière et sociale", prédit-elle dans un pré-rapport remis au président Nicolas Sarkozy.

Selon elle, l'effort budgétaire à consentir est au minimum de 65 milliards d'euros sur les années 2011-2012-2013, soit plus d'une vingtaine de milliards par an.

"Si le taux de croissance (du PIB) est à 2,5% pendant cette période, il faut trouver 60 milliards d'euros cumulés sur trois ans d'ici 2013, et si notre croissance est d'un point de moins, il faut mettre 10 milliards de plus par an", a expliqué Jacques Attali lors de la présentation du pré-rapport à la presse.

"Ça ne fera que commencer à ralentir la croissance de l'endettement", a ajouté cet ancien proche collaborateur du président socialiste François Mitterrand.

Lors d'une émission sur le site internet du Figaro, il a même estimé que ce "plan catastrophe" devrait consister en un effort budgétaire de 100 milliards euros en trois ans.

A titre de comparaison, la coalition au pouvoir en Allemagne est parvenue lundi à un accord sur un plan visant à économiser environ 80 milliards d'euros d'ici 2014 en conjuguant réduction des dépenses publiques et relèvement de certaines taxes.

ÉCONOMISER D'ABORD

Pour la commission Attali, le gouvernement français doit commencer à faire des économies avant de chercher à augmenter ses recettes - une critique voilée de la décision du Premier ministre François Fillon de réduire les niches fiscales.

"La réduction des niches fiscales c'est une augmentation d'impôt", souligne Jacques Attali.

En l'absence de réduction de la dépense publique, une réduction des déficits passerait inévitablement par une hausse de prélèvements obligatoires, qui risquerait de pénaliser l'emploi et la croissance, estime la commission.

Elle fixe pour objectif de ramener la dette publique française sous 70% du PIB - le plus près possible de 60% - en 2020, alors que le gouvernement prévoit jusqu'ici qu'elle sera largement supérieure à 80% jusqu'en 2013.

Pour cela, il faudrait un budget plus équilibré, dit Jacques Attali : "Ça peut être des privatisations massives ou ça peut être des augmentations massives d'impôts. Ce sera le grand débat politique de 2012" pour l'élection présidentielle.

"Mais pour qu'il y ait un débat en 2012, il faut être encore vivant et pas contraint de faire une politique d'austérité imposée par l'extérieur", a-t-il ajouté. "Donc, d'ici 2012, il faut que soit remis en place le socle d'une croissance durable et longue qui sera valable quelle que soit la majorité."

Pour l'ancien collaborateur de François Mitterrand, "c'est dans la préparation du budget 2011 que ça commence".

Dans son pré-rapport, la commission Attali, qui avait proposé il y a deux ans 316 mesures contestées pour libérer la croissance économique française, allume les signaux d'alarme à tous les étages, après plus de 18 mois de crise.

RAPPORT DÉFINITIF EN JUILLET

Elle estime que sans "changements volontaristes", la croissance française ne dépassera pas 1,5% par an pendant la décennie 2010-2020. Pour Jacques Attali, elle pourrait s'établir "entre 1,0% et 1,5% par an, soit moins qu'avant la crise".

La commission recommande que la France se donne comme objectif une croissance de 2,5% à 3% par an de son PIB à l'horizon 2020 - une clef du redressement de ses finances, lui-même indispensable pour retrouver la croissance et la confiance.

Pour les experts, la France souffre d'une productivité et d'une compétitivité insuffisantes, d'une société vieillissante et d'un niveau d'éducation "en régression", notamment dans le primaire.

Ils font leur le récent diagnostic du médiateur de la République Jean-Paul Delevoye d'une France "inquiète", en proie à la peur du déclassement, au manque de confiance en elle-même et à la défiance à l'égard de ses institutions et de ses élites.

La commission Attali, chargée en février par Nicolas Sarkozy de réfléchir aux moyens de remettre la France sur la voie d'une croissance forte et durable, ne rendra qu'en juillet son rapport définitif sur une "stratégie de transformation" sur dix ans.

Emmanuel Jarry, édité par Clément Guillou