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L'or profite des tensions internationales

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Le cours de l’or a bondi de 6% en mai et regagne ses plus hauts de l’année, retrouvant clairement sa position de valeur refuge.

Guerres commerciales, Brexit, volatilité du dollar, incertitudes sur la croissance américaine et européenne…, autant de facteurs qui profitent à l’or qui depuis quelques mois retrouve de son attrait auprès des investisseurs.

Valeur refuge parmi les valeurs refuge, l’or a en effet gagné 6% en mai (8% sur 6 mois), a connu début juin sa plus importante hausse en six mois (avec huit hausses consécutives).

Il a continué à progresser cette semaine atteignant vendredi en cours de séance 1.358,30 dollars, son plus haut niveau depuis 14 mois.

« L'appétit des investisseurs pour les lingots a bondi au cours de la semaine écoulée du fait des craintes grandissantes liées à la hausse des droits de douane et au ralentissement économique », a expliqué à l'AFP Carlo Alberto De Casa, analyste pour ActivTrades.

« Les forces qui ont poussé l'appréciation de l'or sont les tensions au Moyen-Orient, le conflit commercial sino-américain et les attentes d'une baisse des taux de la Fed (Réserve fédérale américaine) », ajoute Lukman Otunuga, analyste chez FXTM.

L'appétence pour l’or « est influencée par trois facteurs - la peur, le dollar américain et les taux d'intérêt réels américains - qui ont tous trois porté le prix du métal au plus haut depuis trois mois », décrivent les analystes métaux précieux d'UBS dans une note.

4e placement en France

Compte tenu du contexte, avec en plus l'hypothèse grandissante d'une baisse des taux de la Réserve fédérale, « nous avons vu les investisseurs financiers accroître leur exposition aux fonds indiciels adossés à l'or avec une détention qui a augmenté de plus d'un million d'onces (environ 31 tonnes) au cours des sept derniers jours », notent les analystes de la banque.

Par ailleurs, les achats de banques centrales (Russie, Turquie) qui doivent faire face à la dévaluation de leurs monnaies ont aussi favorisé les cours.

Ainsi, en 2018, les instituts monétaires ont acheté 657 tonnes du métal précieux, soit 74% de plus par rapport à l'année précédente. C'est le volume d’achats le plus important enregistré depuis 1971.

Au rang des plus gros acheteurs, on retrouve la Russie (274,3 tonnes), le Kazakhstan (50,6 tonnes), la Hongrie (28,4), la Pologne (25,7) et la Chine (10 tonnes). Au mois de mai, les banques centrales détenaient d'ailleurs 20% du stock d'or de la planète.

Il faut également ajouter à ses facteurs conjoncturels, des éléments structurels comme l'impressionnante hausse de la demande indienne. En avril et mai, les importations du deuxième plus grand pays consommateur derrière la Chine ont bondi de 74 % comparé à la même période l'an passé, totalisant 226,6 tonnes, selon Bloomberg. Et elles pourraient encore augmenter avant la saison des mariages plus tard dans l'année.

La tendance haussière va-t-elle se poursuivre ? La signature d’accords commerciaux entre les Etats-Unis et la Chine et la reprise forte du marché actions pourraient mettre fin à ce rallye.

En tout cas, selon un sondage OpinionWay pour Aucoffre.com, 73% des Français considèrent le métal jaune comme une valeur refuge vers laquelle se tourner en période de crise. L’or est même la quatrième solution d’épargne privilégiée des Français, juste derrière l’investissement dans la pierre, l’assurance-vie et le dépôt d’argent sur un compte bancaire.

« L’achat d’or continue à être perçu de manière positive (43%) et progresse (+3 points) », note l’étude.

Quelque 3000 tonnes d’or constitueraient ainsi dans le bas de laine des Français sous forme de pièces (notamment des Napoléons) et de lingots. Sans oublier les bijoux et autres objets forgés dans le métal jaune.

Pour autant, sur de plus longues périodes, l'or n'est pas aussi rémunérateur qu'une assurance-vie et coûte cher en conservation. Deux points à prendre en compte lorsqu'on souhaite investir.

Olivier CHICHEPORTICHE