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L'impôt, les vessies et les lanternes

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Cortège de bien-pensants contre les entreprises et leur réticence à prélever l'impôt. C'est qu'elles savent que cette réforme n'en est pas une.

Le scénario d’une formidable arnaque est en train de se mettre en place, et quand on cherche les raisons pour lesquelles le président de la République a décidé de mettre en scène ses hésitations sur le prélèvement à la source, il en émerge une qui me plait bien : nous faire prendre des vessies pour des lanternes.

Parce que non, on ne réforme pas l’impôt. Notre administration a dépensé une énergie invraisemblable pour une simple modification technique sans aucune importance. Le mot de réforme est bien trop ambitieux pour un simple mode de prélèvement qui ne change rien à la réalité : la réalité de prélèvements obligatoires massifs, la réalité que le gouvernement laisse sagement sous le tapis : celle d’une augmentation de ces prélèvements durant la première année du quinquennat.

Course à la concurrence fiscale

Pendant qu’on nous jouait une scène de théâtre invraisemblable sur le prélèvement à la source, deux petites informations sont passées sous le radar : la baisse de l’impôt que les sociétés s’est accélérée ces dernières années dans les pays développés (OCDE), le taux moyen a reculé de 32,5% en 2000 à 23,9% en 2018, les Etats-Unis en sont évidemment le symbole avec une baisse de 35% à 21% ces derniers mois. Les pays développés sont entrés dans une course à la concurrence fiscale pour attirer les investissements, est-ce qu’on est dans la course ? « Oui », dira le gouvernement qui affiche sa volonté de poursuivre la baisse du taux d’IS enclenchée l’année dernière, « on verra » répondra Bruxelles.

Car l’autre information c’est que nos finances publiques ne s’améliorent pas. Bruxelles, décortique en ce moment nos projets de budget et en enlève les artifices comptables (comme les versements anticipés d’impôts exigés des entreprises) pour constater que le déficit structurel ne donne aucun signe de baisse. Voilà bien pourquoi on nous monté cette scène de Théâtre : le ministre des comptes publics en grande pompe à l’Elysée, le château qui nous dit « le président a identifié des pistes d’amélioration » (vous vous rendez compte : des milliers de hauts fonctionnaires mobilisés pendant des mois, et le président qui en une heure « trouve des pistes d’amélioration »…) et une fois que le guide éclairé s’est penché sur le dossier, la décision qui tombe à 20h. J’en reste sidéré.

On va laisser la poussière retomber, et on va regarder la réalité budgétaire que nous glissait Bruno Le Maire il y a quelques jours à peine : « nous ferons tous les efforts pour rester sous les 3% de déficit publics ». Quand on en est là en plein cycle de croissance, alors que la moyenne de la zone € est à 1%, c’est vrai qu’on en est réduit à sauver les apparences en mettant de grands mots sur de petits gestes.

Stéphane SOUMIER