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L'ex-président du Conseil italien Enrico Letta réclame "un grand plan" d'investissement européen

Lassé des guerres entre "cigales" et "fourmis", le président de l'Institut Jacques-Delors ne veut pas "de l'argent allemand donné aux Italiens" mais "de l'argent de tous qu'on gère tous ensemble".

Crash test pour l'Union européenne. Saura-t-elle survivre à cette nouvelle crise, en trouvant une solution commune? C'est, pour l'instant, mal parti. Les "pays du nord" (Allemagne et Pays-Bas en tête) s'opposent à ceux "du sud" sur la question des coronabonds. "Le virus est déjà en train de mettre en difficulté l'Union européenne" se lamente l'ancien président du Conseil italien, Enrico Letta, sur l'antenne de BFM Business. "C'est comme un grand paquebot qui sombre. Quand il sombre, il n'y pas de cabine de première classe qui vous sauve la vie. On est tous dans la même situation" rappelle-t-il. "Aujourd'hui, c'est l'Italie et l'Espagne (…) mais demain, ça va être les autres."

La Mercedes germano-italienne

Face à cette problématique des coronabonds, qui consiste à mutualiser les dettes des européens pour cette crise, Enrico Letta estime qu'il "faut absolument éviter d'entrer dans le symbolisme" mais plutôt "être concret".

Et de contester cette opposition entre les "cigales" et les "fournis" en Europe. "Quand vous voyez une voiture Mercedes, vous pensez à l'Allemagne. Et bien un tiers de la voiture Mercedes est faite en Italie par des entreprises italiennes" rappelle-t-il. 

Mutualiser les efforts

"La question est d'avoir un autre moteur dans notre avion" poursuit le président de l'Institut Jacques-Delors. "L'autre moteur doit être des interventions européennes qui favorisent les investissements au niveau européen et les prêts aux petites et moyennes entreprises".

Il propose ainsi de mutualiser les efforts de la Banque européenne d'investissement et du Mécanisme européen de stabilité (MES) pour financer ce "grand plan" continental. "Si on ne fait pas cela, on risque de perdre du temps parce qu'il faudra le faire, parce qu'avec les dettes de chaque pays qui explosent" d'ici quelques mois, l'intervention de la Banque centrale européenne "ne sera pas suffisante" assure-t-il. "Donc il ne faut pas de l'argent allemand donné aux Italiens" mais "de l'argent de tous qu'on gère tous ensemble".

Thomas Leroy