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Jean-Frédéric Poisson: "L’État ne doit plus se mêler de ce qui ne le regarde pas"

Jean-Frédéric Poisson est candidat à la primaire de la droite et du centre.

Jean-Frédéric Poisson est candidat à la primaire de la droite et du centre. - Joel Saget - AFP

Candidat à la primaire de la droite et du centre, le président du parti chrétien-démocrate expose pour Bfmbusiness.com son programme économique.

Beaucoup l'ont découvert lors du premier débat rassemblant les candidats à la primaire de la droite et du centre. Pour Bfmbusiness.com, Jean-Frédéric Poisson en dit plus sur ses ambitions en matière d'économie. 

De combien faut-il réduire la dépense publique, et où comptez-vous trouver les économies nécessaires?

J.F. Poisson: "Je ne suis pas sûr que ce soit un enjeu immédiat. Récemment, j’étais à Matignon (…) pour évoquer l’état d’urgence. Le message était très clair : il faut renforcer massivement les effectifs de police et ceux de l’armée. Le garde des sceaux a découvert en prenant ses fonctions que la justice était dans un état absolument catastrophique : il va falloir faire quelque chose, au moins pour que celle-ci soit rendue. Si nous voulons que l’État retrouve ses capacités opérationnelles, il va falloir se désengager de certaines choses, et se réengager sur d’autres. Si on arrive à faire ça à budget constant, ce sera déjà pas mal. En outre, si les taux directeurs de la BCE et des marchés financiers prennent quelques dizaines de points de base – par exemple 0,50% - cela nous coûte des milliards. Compte tenu de la volatilité de ces marchés, tout engagement serait imprudent. Malgré tout, il faut réduire la voilure de l’État. Je veux le reconcentrer sur ses fonctions régaliennes : je ne suis pas sûr que le rôle de l’État soit de faire voler des avions, de faire rouler des trains ou d’être présent dans des entreprises sans véritable enjeu stratégique. Je veux également assouplir les contraintes administratives, ce qui permettra d’ajuster les effectifs, en particulier dans la fonction publique d’État. Mais je ne pense pas que l’on soit à la veille d’économies drastiques sur le budget de l’État".

Quelle serait votre première mesure économique ? La première mesure du quinquennat précédent que vous supprimeriez ?

"Je lèverai deux embargos qui nous coûtent au bas mot un milliard d’euros chacun par an : l’embargo russe et l’embargo syrien. Car je constate que ce sont les peuples qui souffrent de ces embargos, et non les dirigeants.
Il faudra également engager immédiatement la réécriture du code du travail pour fournir aux entreprises l’environnement dont elles ont besoin."

Pensez-vous baisser les impôts des ménages ? Dans quelle mesure ? Ceux des entreprises ?

"Je voudrais une refonte totale du système allocataire. Une mécanique de redistribution totalement modifiée, avec l’instauration d’une allocation universelle et de l’impôt négatif (un système d’impôt à taux fixe, couplé à un versement systématique de l’État, ndlr), qui est un système juste et qui prend en compte la situation économique réelle des foyers. Cela permettrait de redistribuer complètement l’ensemble des allocations. Je fais également partie de ceux qui pensent que tous les foyers doivent s’acquitter de l’impôt. C’est pour moi la marque de l’appartenance à la communauté nationale, même si c’est de manière modeste ou symbolique."
"En ce qui concerne les impôts des entreprises, on les baissera si le budget le permet. Actuellement, on verse 35 milliards d’allègements de charges, qu’on récupère sous la forme de cotisations sociales, je ne comprends pas. Il faut une suppression pure et simple des allègements de charges, couplée à une baisse des cotisations. On allège plus les charges, et on revient à un coût réel du travail, c’est une mécanique vertueuse. D’autant qu’avec les mécanismes d’allègement de charges, il y a les trappes à pauvreté. Il y a des salaires qu’on n’augmente pas pour ne pas en perdre les bénéfices. Redonnons de la souplesse aux entreprises, et elles pourront augmenter leurs employés."

Supprimeriez-vous les 35 heures ? Si oui, maintiendriez-vous une durée légale du travail?

"La durée légale est obligatoire à titre de plafond (au niveau européen, ndlr), et c’est très bien comme ça. J’attache une grande importance aux conditions de travail des salariés, ce qui fait de moi une sorte de gauchiste dans ma famille politique, d’ailleurs.
Sur les 35 heures, la question est souvent mal posée. D’abord car cela ne concerne qu’un salarié sur 2 (ni les salariés à temps partiel, ni les salariés au forfait jour, ni les cadres, etc.). Ensuite, car il ne suffit pas de remplacer dans le code du travail 35 par 39. Car derrière la modification de la loi, il reste tous les contrats individuels et toutes les conventions collectives qui font explicitement référence aux 35 heures.
Les entrepreneurs ne sont pas demandeurs, de même que les syndicats de salariés ou les nouveaux entrants sur le marché du travail. En tant que chef d’entreprise, après avoir passé trois ans à mettre en place les 35 h, je n’ai pas envie de passer trois ans à tout détricoter. La France s’y est faite, et il n’est pas possible de modifier la situation facilement."

Comptez-vous maintenir le nombre de fonctionnaires en France?

"Il faut le diminuer. L’État ne doit plus se mêler de ce qui ne le regarde pas. Il doit cesser de vouloir être banquier, avionneur, producteur de trains, gestionnaire d’équipements publics, prestataire de santé, etc, et donner plus de pouvoir aux corps intermédiaires: collectivités locales, entreprises, associations, familles. On ne peut pas réduire les effectifs des fonctions régaliennes de l’État, mais plutôt ceux de l’administration et de gestion."

Comment faire payer un impôt juste aux géants du web ?

"Il suffit de faire appliquer la loi ! Elle est contournable car, parmi les faiblesses de l’Europe – et je plaide d’ailleurs pour que l’on sorte de Maastricht – il n’y a notamment pas d’harmonisation fiscale. Les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) qui sont en train de nous sucer le sang, ne peuvent pas s’enrichir sur notre dos, tout en ne créant pas de valeur. Amazon n’a toujours pas fait un dollar de bénéfice ! Marx, paradoxalement, n’avait pas raison sur le capitalisme de son temps, mais il avait raison de manière prophétique sur le capitalisme d’aujourd’hui. C’est-à-dire que ce qui était censé accroître la richesse n’en crée plus et en détruit. Les GAFA en sont le symbole."

Quelle est votre position sur le traité transatlantique ? Etes-vous favorable à l’instauration de tribunaux d’arbitrage privés?

"Je suis fondamentalement opposé au TAFTA, qui menace notre souveraineté. Il touche à la capacité de nos entreprises à entrer dans les marchés publics, à nos appellations d’origine contrôlée, notre alimentation ou même nos médicaments! Le refus du moindre débat et l’opacité autour de ce traité sont inacceptables pour le peuple français comme pour la représentation nationale. On est en train de nous prendre pour des clowns. Si le but de l’opération est de faire arbitrer par un tribunal de Chicago tous les conflits qui naîtraient de l’impossibilité, pour les importateurs américains, de vendre leurs poulets à l’eau de javel en Europe, ce n’est pas possible ! Je suis d’accord pour faire rentrer les PME dans les marchés des deux côtés de l’Atlantique, je refuse en revanche l’idée d’une réglementation massive dans le modèle social français. La France, c’est la France. On n’est pas un petit pays. Et d’une manière générale, je suis contre la prééminence de l’argent et des marchés sur les rapports sociaux."

Pensez-vous qu’une entrée de la Turquie dans l’UE serait bénéfique économiquement ?

"Non. Il y a des accords de coopération renforcée avec la Turquie, on peut se poser la question de renforcer encore ces accords. Mais l’Europe est un continent dont la culture et la civilisation sont chrétiennes, ce qui n’est pas le cas de la Turquie."