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Jean-Claude Trichet: "le vrai problème de l'Europe, c'est sa gouvernance"

Jean-Claude Trichet était l'invité d'Hedwige Chevrillon dans le Grand Journal ce lundi 23 septembre.

Jean-Claude Trichet était l'invité d'Hedwige Chevrillon dans le Grand Journal ce lundi 23 septembre. - -

L'ancien président de la BCE était sur BFM Business ce lundi 23 septembre. Il réagissait à la victoire du parti d'Angela Merkel aux législatives allemandes et à ses conséquences au niveau européen.

La réélection triomphale d'Angela Merkel n'a pas étonné Jean-Claude Trichet. "Ce n'est pas très surprenant dans un pays qui connaît un succès remarquable dans la lutte contre le chômage de masse", estime l'ancien président de la Banque centrale européenne, ce lundi 23 septembre sur BFM Business.

Celui qui a vécu en Allemagne l'essentiel de son mandat à la BCE, implantée à Francfort, souligne que "la société allemande dans son ensemble –entreprises, syndicats, politiciens- considère que la lutte contre le chômage est l'objectif essentiel". C'est là une des recettes du succès du pays selon lui, avec le "contrôle des coûts".

"Les coûts unitaires allemands ont très peu augmenté sur de longues périodes", note l'ancien banquier en chef de l'Europe. La "politique de modération des coûts de production menée en Allemagne" a été de nature à "renforcer sa compétitivité" et à "lutter contre le chômage".

Une vision plus stimulante de l'Europe

Une telle politique a d'ailleurs été administrée en France "pendant 17 ans, avant l'adoption de l'euro". "Dans les années 80 et 90, les deux grandes sensibilités de notre pays ont poursuivi la même stratégie, dite de désinflation compétitive", rappelle Jean-Claude Trichet. Si bien qu'au moment de l'entrée de l'euro, la balance commerciale française était excédentaire, tandis que celle des Allemands était en déficit, principalement du fait de "la réunification", admet-il.

Conclusion: "la France sait trouver des consensus quand cela est nécessaire". L'ancien président de la BCE appelle de ses vœux une nouvelle union sacrée en France, autour de la "stabilité compétitive sur une longue période".

Au niveau de l'Europe, il estime qu'elle a été dotée des outils qu'il lui fallait pour résoudre la crise. Mais certains chantiers doivent être achevés, comme l'Union bancaire. "La France et l'Allemagne doivent avoir une vision à plus long terme de ce qu'elles veulent", une vision "beaucoup plus stimulante pour nous tous", réclame-t-il.

L'euro: un grand succès

S'il affirme que "ce n'est pas le moment d'être complaisant", Jean-Claude Trichet se montre plutôt confiant sur la reprise en zone euro. "Nous aurons probablement des chiffres positifs pour l'ensemble de la zone au deuxième semestre", glisse-t-il tout en disant rester "extrêmement prudent": "il ne faut surtout pas considérer que c'est le moment de relâcher l'effort", met-il en garde.

Quand on lui demande si le manque de fédéralisme européen fait peser des risques sur l'euro, l'ancien chef de la BCE fait une mise au point. "L'euro, en tant que monnaie, est utilisé comme un symbole de la zone euro, qui a des problèmes de gouvernance considérables. Or l'euro a traversé toute la période de difficultés de la zone en conservant sa crédibilité", explique Jean-Claude Trichet. En atteste selon lui l'adossement du franc suisse à la monnaie européenne. L'euro a d'ailleurs rempli le rôle qui lui était assigné: "de garantir aux Européens la stabilité des prix". C'est "un très grand succès".

"Le vrai problème, c'est donc la gouvernance", reconnaît-il. De ce point de vue-là, "la crise a été utile parce qu'elle a révélé les faiblesses de la gouvernance européenne". Mais ce spécialiste de l'Europe pointe néanmoins les "progrès considérables" que constitue notamment le renforcement du "pacte de stabilité et de croissance". "C'est de l'Union politique de facto", assure-t-il. 

Les dépenses publiques françaises pas pathologiques

La question qui se pose dorénavant, selon lui, est celle de la "légitimité démocratique de ces avancées". "Rien n'est plus important que le budget pour un pays", et maintenant, note-t-il, "les budgets sont surveillés très étroitement par Bruxelles et les autres gouvernements". C'est pourquoi il préconise "d'introduire le Parlement européen de manière beaucoup plus nette dans ce système de surveillance de décision". Ce serait là une "très grande avancée sur la voie de l'Union économique et budgétaire".

Pour en revenir à la France, Jean-Claude Trichet refuse d'entrer dans le débat sur la pause fiscale. En revanche, il dénonce un niveau de dépense publique, que l'OCDE chiffre à 56% du PIB, "beaucoup trop élevé". C'est dix points de plus que l'Allemagne, donc les dépenses personnelles allemandes bénéficient potentiellement de 10 points de plus de PIB.

"Ce n'est pas dans nos gènes", insiste-t-il. Il rappelle ainsi qu'avant le premier choc pétrolier, en 1973, les dépenses publiques françaises étaient moins élevées que celle de l'Allemagne et de l'Angleterre! Il se félicite toutefois de la prise de conscience actuelle de ce problème en France.

N.G.