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Il y a 50 ans, la fin du "gaullisme économique"

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Il y a 50 ans, le 27 avril 1969, les Français étaient appelés à se prononcer par referendum sur l’avenir du Sénat et un renforcement de la régionalisation. En fait, personne n’est dupe : le but réel de l’opération est de conforter la position du général de Gaulle en tant que président de la République, un an après les événements de mai 68.

Ce referendum coalise dès lors ceux qui veulent le départ du Général, y compris des membres de sa majorité comme Valéry Giscard d’Estaing. Résultat, le « non » l’emporte avec 52,41% des voix. Une page se tourne. Sur le plan politique, les « événements de mai » sont supposés s’être achevés avec le raz de marée électoral gaulliste de juin 68. Mais sur le plan économique, ils ont laissé des traces.

En mai 68, pour trouver une porte de sortie, Georges Pompidou a réuni dans l’urgence les partenaires sociaux rue de Grenelle. Devenus le symbole d’une négociation réussie, les accords qui sont alors signés sont un bricolage social improvisé dont il va falloir éponger rapidement le coût économique. Pour la plupart des économistes et pour Pompidou, la bonne façon d’effacer à l’exportation la hausse de 35% du SMIG, -l’ancêtre du SMIC- et de reprendre par le renchérissement des importations une partie du pouvoir d’achat distribuée sans réelle capacité productive afférente du pays serait une dévaluation du franc. Vingt ans auparavant, le ministre des finances de l’époque, René Meyer, parlait pour décrire l’économie française de « dirigisme inflationniste », dont une composante est de corriger les dégâts de l’inflation par des dévaluations.

Revenu au pouvoir en 1958, de Gaulle, reprenant une formule du même René Meyer, avait affirmé qu’il est « nécessaire d’arrêter les illusions et de freiner les glissades » et engagé une politique économique qui, bien que restée dirigiste, est axée sur le refus de l’inflation et des dévaluations. Or fin 1968, l’inflation en France connaît un rythme annuel de 6% alors qu’il est de 3% en Italie et de 2% en Allemagne. La dévaluation devient une forme d’évidence à laquelle néanmoins de Gaulle s’oppose, préférant maintenir la stabilité extérieure du franc au prix d’une forte politique d’austérité.

Après le départ de De Gaulle, Georges Pompidou est élu président de la République. En août 1969, il dévalue. Cette dévaluation solde, certes, la période de contestation commencée à Nanterre en mars 1968, mais elle entérine surtout la vraie fin du gaullisme historique et le retour au « dirigisme inflationniste ».