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Grèce: les banques rouvrent... mais avec des restrictions

Les Grecs vont enfin pouvoir retourner dans les banques ce lundi. Mais les retraits d'argent restent limités. Par ailleurs, la TVA augmente.

La Grèce entre dans une semaine à hauts risques. Elle va, en effet, devoir passer deux tests majeurs ce lundi 20 juillet pour l'économie et le Premier ministre Alexis Tsipras: la réouverture des banques et une hausse de TVA de 10 points sur une série de biens et services.

Les banques, fermées depuis le 29 juin, doivent rouvrir en vertu d'un décret publié samedi par le gouvernement, remanié pour évincer les ministres frondeurs. Les restrictions et contrôles de capitaux restent en place, avec des assouplissements. Il faut toujours éviter la fuite des capitaux. 30% se sont tout de même volatilisés en 5 mois.

La limitation des retraits d'argent liquide reste fixée à 60 euros par jour, mais afin d'éviter aux Grecs de refaire chaque jour la queue au distributeur, ils peuvent dorénavant retirer 420 euros par semaine. Des exceptions sont aussi créées pour ceux devant payer des soins médicaux ou des études à l'étranger.


Hausse de la TVA

La TVA passe dans le même temps de 13% à 23% pour les denrées non périssables et la restauration, mais aussi les courses de taxis, les préservatifs, ou encore les enterrements. Elle reste inchangée à 13% pour l'hôtellerie, et est légèrement réduite à 6% pour les médicaments, les livres et les places de spectacle.

Le gouvernement espère des recettes supplémentaires annuelles de quelque 2,4 milliards d'euros à partir de 2016 et de 795 millions d'euros cette année. La chaîne allemande de supermarchés Lidl s'est offerte dès dimanche des encarts publicitaires dans les journaux grecs pour annoncer qu'elle ne répercuterait pas la hausse sur les prix.

Le Parlement grec avait voté dans la douleur mercredi ces hausses de TVA, conformément aux engagements pris lors d'un sommet européen mouvementé à Bruxelles. En échange, ses partenaires ont promis un nouveau plan d'aide, le troisième depuis 2010. Athènes va recevoir un prêt d'urgence de 7 milliards d'euros qui seront vite engloutis par un remboursement lundi à la Banque centrale européenne (4,2 milliards d'euros) et par le règlement d'arriérés auprès du Fonds monétaire international (2 milliards).

Pas d'"haircut"

Malgré tout, la chancelière allemande Angela Merkel a répété dimanche son opposition à une réduction "classique" de la dette grecque, jugeant qu'un tel "haircut" ne pouvait avoir lieu "dans l'union monétaire". "La Grèce a déjà obtenu des allègements", a-t-elle rappelé. "Si l'examen du programme qui doit être négocié est réussi, nous pourrons de nouveau les évoquer."

De son côté, le président français, François Hollande, tente de garder la main sur la scène européenne, en lançant l'idée d'une "avant-garde" de la zone euro, sans en préciser les contours.

Pour la première fois depuis des mois, des experts de la BCE, du FMI et de la Commission européenne, une formation auparavant appelée "troïka" et qui a symbolisé pour les Grecs une mise sous tutelle de leur pays, sont attendus à Athènes cette semaine. Ils devront évaluer l'état d'une économie grecque éprouvée par les restrictions financières.

La démission de Tsipras sur le tapis

La semaine sera aussi cruciale pour l'avenir du Premier ministre Alexis Tsipras, dont la mère a assuré à un tabloïd grec qu'il "ne dormait plus" ni ne "mangeait plus". L'accord de Bruxelles exige le vote mercredi prochain de nouvelles réformes (justice civile, législation bancaire).

Selon le journal Avgi, proche de Syriza, Alexis Tsipras veut faire de ce nouveau vote un "crash test" et démissionner si les défections augmentent. Mercredi dernier, il avait perdu 39 voix sur les 149 députés que compte son parti de gauche radicale, certains élus estimant qu'il avait trahi le référendum du 5 juillet. Les Grecs avaient alors massivement voté contre une poursuite de l'austérité.

Alexis Tsipras a même enregistré les critiques du prix Nobel d'économie Paul Krugman, jusqu'à présent l'un des plus virulents contempteurs des mesures d'austérité imposées à Athènes: "J'ai peut-être surestimé la compétence du gouvernement grec." Les créanciers doivent de leur côté mettre sur les rails un nouveau plan d'aide à la Grèce, de plus de 80 milliards d'euros sur trois ans, en surmontant leurs divergences.

Illustrant les frictions, le ministre français des Finances a balayé dimanche l'idée chère à son homologue allemand Wolfgang Schäuble d'une sortie temporaire de la Grèce de l'euro. "Soit on sort de l'euro, soit on y reste", a dit Michel Sapin à l'hebdomadaire grec To Vima.

Le journal grec de centre droit Kathimerini a lui révélé qu'une quinzaine de fonctionnaires de la Commission européenne avaient préparé un plan d'action secret en cas de sortie de la Grèce de l'euro, un risque qui n'est pas encore complètement écarté.

Les banques grecques pourraient être soumises au nouveau régime de résolution européen, selon l'accord conclu avec les dirigeants européens. Le gouvernement grec est, en tous cas, censé transposé la directive concernée d'ici mercredi 22 juillet. Concrètement, 10 à 25 milliards d'euros sont prévus pour recapitaliser les banques, dans le cadre du mécanisme européen de stabilité.

Mais pour que ces aides publiques soient débloquées, les actionnaires, les créanciers et les déposants sont d'abord censés être mis à contribution, jusqu'à 8% au moins du bilan des banques. Et ce dans un ordre déterminé: les décotes doivent d'abord être appliquées aux créanciers juniors puis aux créanciers séniors, les plus privilégiés. Les déposants peuvent également subir des pertes, mais uniquement au-delà de 100.000 euros de dépôts. Une question particulièrement sensible en Grèce, où les gros clients sont les entreprises, sur qui reposent la croissance.

Caroline Morisseau

D. L. avec AFP