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L'économie française résiste mieux que les autres en partie grâce aux mesures "gilets jaunes"

La croissance devrait varier entre 1,4% et 1,5% entre 2019 et 2021, selon les dernières prévisions de la Banque de France.

La croissance devrait varier entre 1,4% et 1,5% entre 2019 et 2021, selon les dernières prévisions de la Banque de France. - Joel Saget - AFP

La croissance française devrait atteindre 1,4% cette année, selon la Banque de France. Cette performance, meilleure que celles de ses voisins européens, résulte d'une moindre exposition au ralentissement du commerce international et surtout des effets positifs attendus de la hausse du pouvoir d'achat.

L'économie française fait preuve d'une bonne capacité de résistance, selon la Banque de France, qui publie ce jeudi ses prévisions pour les trois prochaines années. Alors que l'économie mondiale ralentit, la France devrait continuer à afficher une croissance variant entre 1,4% et 1,5% entre 2019 et 2021.

Ces prévisions sont moins bonnes que les précédentes, l'institut monétaire tablaient sur 1,6% cette année et 1,7% les suivantes. Mais les performances tricolores restent meilleures que celles des autres pays européens. La BCE et l'OCDE prévoient à peine plus de 1% de croissance pour la zone euro, l'Allemagne devrait faire moins et l'Italie est en récession technique (cela fait au moins deux trimestres d'affilés que le PIB décroît, NDLR).

Certes, ces niveaux sont bien inférieurs à ceux de 2017, où la France avait vécu une sorte de "mini boom". En 2018, l'activité a freiné presque sans interruption tout au long de l'année, mais cette tendance semble être terminée, laissant penser qu'"une bonne partie du ralentissement est déjà derrière nous", analyse Olivier Garnier, directeur général des statistiques et des études économiques à la Banque de France.

La France est moins exposé aux aléas du commerce international

Pourquoi la France s'en sort-elle mieux que les autres? Sur le plan extérieur, l'économie tricolore ne fait pas exception et subit le gros coup frein du commerce international -qui risque d'ailleurs d'être un peu plus fort que prévu, c'est pourquoi la Banque de France prévoit une croissance de 1,4% cette année, contre 1,5% lors de sa précédente estimation.

Mais, par rapport à d'autres économies, l'ampleur de ce choc est relativement limité. Tout simplement parce que les entreprises françaises exportent autant vers les pays qui sont dans l'Union européenne, que vers le reste du monde. Or, c'est surtout dans les pays hors de l'UE, comme la Chine, que la demande baisse. À l'inverse, l'économie allemande est plus ouverte, elle exporte bien plus vers le reste du monde et par conséquent subit un choc plus violent, c'est pourquoi sa croissance devrait davantage ralentir cette année.

"Le plus fort gain de pouvoir d'achat depuis 2007"

Ces effets négatifs seront compensés sur le plan intérieur par la nette hausse du pouvoir d'achat, qui devraient stimuler la consommation. Les 10 milliards d'euros de mesures dites "d'urgence économique et sociale", débloqués par Emmanuel Macron en décembre pour répondre à la crise des gilets jaunes, vont générer une hausse de 0,7 point du revenu disponible. "C'est le plus fort gain de pouvoir d'achat depuis 2007", souligne Olivier Garnier. L'augmentation des salaires par tête sera plus soutenue, passant de 1,9% en 2018 à 2,3% cette année. À l'inverse, l'inflation devrait reculer, passant de 2,1% à 1,3% sur la même période, grâce à la baisse du prix du pétrole.

"La combinaison de ces effets entre accélération des salaires, repli de l'inflation et les mesures d'urgence contribuent à cette hausse du pouvoir d'achat", résume Olivier Garnier.

Toute la question est de savoir ce que les Français vont faire de cet argent. L'hypothèse retenue par la Banque de France est qu'ils vont "lisser" leur consommation, autrement dit ils vont mettre une partie de cet argent supplémentaire de côté et le dépenser au fur et à mesure. Les effets de la hausse du pouvoir d'achat devraient donc s'étaler sur cette année et la suivante. Au total, l'institut monétaire chiffre à +0,3 point de PIB l'impact des mesures "gilets jaunes" sur 2019 et 2020, le gros de ce gain étant pour cette année.

Un chômage à 8% dans deux ans

Ces prévisions dépendent évidemment de certaines conditions. L'environnement international est plein d'incertitudes: entre l'issue du Brexit, de la guerre commerciale et l'ampleur du ralentissement des économies émergentes, notamment la Chine. Et puis, il faudra que les Français dépensent effectivement leurs gains de pouvoir d'achat et cela dépend de la confiance. Si des événements quelconques les rendent frileux et les incitent à épargner, les gains de pouvoir d'achat ne se traduiront pas, ou en tout cas dans une moindre mesure, en croissance économique.

Si tout se passe comme prévu, cette résistance de l'économie française est une bonne nouvelle pour l'emploi. La croissance progressant plus rapidement que le rythme de croisière de la France, le chômage continuera de baisser. Il devrait passer de 9,1% en 2018 à 8% en 2021. On sera encore loin de la promesse d'Emmanuel Macron de ramener ce taux à 7% d'ici la fin du quinquennat.

Ne pas "différer" la baisse de la dette

Du côté des finances publiques, le déficit se creusera à 3,2% en 2019. Mais ce dépassement est exceptionnel, car cette année a lieu la bascule du CICE, sans laquelle le déficit serait de 2,3% (soit moins qu'en 2017), et les 10 milliards d'euros de mesures "gilets jaunes". Le déficit devrait normalement être inférieur à 2% à horizon 2021. Quant à la dette publique, elle ne devrait pas franchir la barre symbolique des 100% du PIB, mais sa baisse est reportée à 2020 au lieu de cette année.

"Il faut utiliser ce contexte plutôt favorable en terme de croissance et de taux d'intérêt pour réduire" la dette publique et la ramener progressivement vers les 60% du PIB, commente Olivier Garnier de la Banque de France. "Il faut absolument continuer l'effort de maîtrise des dépenses et de réduction du déficit public et ne pas utiliser le contexte actuel pour différer cet ajustement."
Jean-Christophe Catalon