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Impôt sur le revenu pour tous: Matignon et Bercy disent "non"

A peine évoquée, déjà enterrée. La proposition de la ministre Jacqueline Gourault de faire payer l'impôt sur le revenu à tous les Français, y compris les plus modestes, reçoit une fin de non-recevoir par le Gouvernement. L'idée a vivement été critiquée par l'ensemble de l'opposition.

La proposition ou plutôt la suggestion de Jacqueline Gourault, ministre de la Cohésion des territoires, n'a vraiment pas fait long feu. Dans un entretien au JDD paru ce dimanche 24 février, elle proposait de faire payer l'impôt sur le revenu à tous les Français, y compris les plus modestes. Avant même qu'une polémique ne s'installe, Matignon et Bercy ont fermé la porte à cette idée.

« C’est une idée qui revient souvent dans les débats et Jacqueline Gourault peut légitimement la restituer et la soutenir dans un moment où chacun est invité à faire des propositions. Mais la piste d’un impôt sur le revenu universel n’est pas à l’étude », ont indiqué à l'AFP les services d'Edouard Philippe.

L'entourage du Premier Ministre précise que les Français payent déjà l’impôt dès le premier euro avec la CSG et tous payent la TVA. "Le Premier ministre a déjà dit qu’il fallait entendre le message des Français qui payent trop d’impôts. Notre engagement, c’est bien de les baisser et nous avons déjà engagé un grand nombre de décisions en ce sens".

Même son de cloche côté à Bercy. "La piste d'un impôt sur le revenu universel n'est pas à l'étude", a répondu un proche du ministre de l'Economie, Bruno Le Maire.

Un rejet massif

En plein grand débat censé répondre à la crise des "gilets jaunes" la ministre de la Cohésion des territoires voyait dans cette idée un moyen de "recréer le lien entre citoyen et impôt". Moins d'un ménage sur deux (43%) s'acquitte de cet impôt aujourd'hui. Jacqueline Gourault proposait également l'ouverture d'une réflexion sur "la contribution que devraient apporter les très hauts revenus", via par exemple une nouvelle tranche d'impôt.

En pleine crise des gilet jaunes, l'ensemble des partis politiques se sont emparés de ces déclarations. Depuis le salon de l'Agriculture, François-Xavier Bellamy, tête de liste Les Républicains pour les européennes, a appelé le gouvernement à "arrêter avec cet espèce de jeu d'inventivité fiscale" et à plutôt "baisser" les impôts.

Sur BFMTV, Sébastien Chenu, porte-parole du Rassemblement national, estime que si la ministre place le sujet sur le terrain de la symbolique, l'impôt sur le revenu pour tous "peut-être intéressant" mais seulement "en miroir" d'un autre impôt symbole, comme "le rétablissement de l'ISF par exemple", réclamé par les "gilets jaunes". Manon Aubry, tête de liste La France insoumise pour les européennes, souligne dans un tweet que "faire payer à tous l'impôt sur le revenu sans le rendre plus progressif (en le passant de 5 à 14 tranches comme à sa création) n'aurait aucun sens".

La proposition de Jacqueline Gourault a aussi fait réagir la majorité. "Luttons contre l'évasion fiscale, taxons les rentes et les GAFA. Mais pas de mesure qui accentue" le "sentiment d'injustice fiscale" entre "gros" et "petits", a tweeté le député LREM Aurélien Taché. Un opinion partagée par Pierre Moscovici. 

Invité dimanche sur Europe 1/CNews/Les Echos, le commissaire européen aux Affaires économiques, répond: "vous ne rétablirez pas le consentement pour les plus pauvres s'il y a le sentiment que les plus riches ne payent pas". 

A trois trois semaines de la fin du grand débat, le sujet de la "justice fiscale", un des quatre thèmes du grand débat national, reste toutefois au coeur des revendications de nombreux "gilets jaunes".

Pascal Samama avec AFP