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Fleur Pellerin met les sites de piratage au pain sec et à l’eau

Pour lutter contre le piratage, Fleur Pellerin s'attaque directement au portefeuille des sites.

Pour lutter contre le piratage, Fleur Pellerin s'attaque directement au portefeuille des sites. - Stéphane de Sakutin (AFP)

Chose promise, chose due. La ministre de la Culture a présidé la signature d’une charte entre ayants-droit et régies pour faire cesse les campagnes publicitaires sur les sites pirates.

Fleur Pellerin le répète sans cesse. Sa priorité reste le "soutien à la création". Et pour montrer que ce n’est pas que des mots, ses équipes avancent au pas de course comme le révèle la signature de la "charte des bonnes pratiques dans la publicité en ligne pour le respect du droit d’auteur et des droits voisins". L’affaire a été bouclée en seulement deux mois.

Après la présentation en conseil des ministres d’un plan de lutte contre les sites de piratage, c’était le 11 mars dernier, la ministre de la Culture a présidé la signature d’une charte entre les représentants des ayants-droits et les professionnels de la publicité. Ce texte officialise la fin des budgets publicitaires pour les sites qui proposent des contenus culturels illégaux.

Cette rapidité est notamment due au travail publié dans le rapport Lescure, et par les équipes de l’Hadopi. L’idée avait été proposée dans le rapport de Mireille Imbert-Quaretta sur la lutte contre la contrefaçon.

La suite de cette stratégie repose sur un autre texte qui sera signé en juin avec les acteurs du paiement en ligne.

Sites pirates : de véritables machines à cash

Et, c’est certainement le levier le plus efficace, car, à quelques exceptions près, ces sites sont de véritables machines à cash comme l’affaire Megaupload l’a révélé en 2012.

Créée par le fameux Kim Dotcom, cette plateforme a été fermée par le FBI avec de méthodes dignes d’un film policier. En quelques années, elle était devenue si populaire et tellement organisée, notamment avec des abonnements payants, que beaucoup d’internautes pensaient qu’elle était légale.

Après sa fermeture, ce business a été poursuivi par d’autres plateformes. Et pour cause, hormis les investissements techniques (frais d’hébergement et serveurs), ces sites ne reversent rien aux ayants-droits. Cette activité est difficilement quantifiable, mais elle représenterait plusieurs centaines de millions de dollars.

PopCorn Time, un modèle gratuit mais détectable

Toutefois, cette mesure a ses limites. Elle n’affectera pas ceux qui ont mis la gratuité au coeur de leur modèle. Et, les deux leaders de cette méthode sont YouTube, la filiale de Google et PopCorn Time. Si le premier chasse les fichiers piratés mis en ligne sur sa plateforme, le second a développé un modèle aussi efficace que celui créé par Kim Dotcom.

Sous cette enseigne apparue l’an dernier, des dizaines de sites offrent en streaming films, séries et musique, comme le font Netflix ou CanalPlay. La seule différence, la plateforme et gratuite et propose des fichiers contrefaits. Sinon, l’expérience utilisateur est telle qu’elle fait oublier l’illégalité du service.

Sa puissance est telle que Reed Hastings, patron de Netflix, a fait part de son inquiétude à ses actionnaires en février dernier. Selon lui, PopCorn Time représentant un danger contre lequel il est difficile de lutter. Difficile, mais pas impossible.

Selon Éric Walter, secrétaire général de la Hadopi, l’usage de Popcorn n’est pas si invisible que cela. En effet, son catalogue repose sur ceux des sites de peer-to-peer qui sont dans le viseur des équipes de la rue de Texel.

Pascal Samama