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Pourquoi le plateau de Saclay peine à devenir un Stanford français

10 ans après le lancement du projet de "Stanford à la française" à Saclay, au sud de Paris, le projet de fusion des universités est au point mort, et le plateau est toujours aussi enclavé.

L'endroit devait devenir un Stanford à la française. Sur le plateau de Saclay, au sud-ouest de Paris, devaient se croiser 60.000 étudiants, circulant dans les antennes des universités Paris Sud, Polytechnique, HEC, l'ENS, Centrale-Supélec, mais aussi entre d'immenses laboratoires de recherche. Le site devait permettre de rivaliser avec le MIT et de truster le haut des classements internationaux des grands campus. Dix ans et 5,2 milliards d'euros plus tard, le projet est au point mort.

Pire, il est en "marche arrière", regrette Thierry Mandon, l'ancien secrétaire d'État en charge de l'Enseignement supérieur. Pourquoi? Parce que "l'État s'est lancé dans un projet très, voire trop ambitieux, sans l'avoir vraiment préparé", estimait la Cour des comptes dans un rapport publié en février dernier.

"Un bordel institutionnel"

Par exemple, les promoteurs de ce projet ont visiblement sous-estimé la fierté des grandes écoles, Polytechnique en tête. Pas facile de convaincre l'X, qui vante à l'envi sa tradition militaire, son excellence, la reconnaissance mondiale de sa marque, de s'abandonner dans un grand tout. D'autant que les grandes écoles se méfient de la gouvernance universitaire, souvent jugée pesante. Résultat: si jamais cette fusion entre tous les acteurs s'opérait, le plateau de Saclay deviendrait "un bordel institutionnel", déplore une source haut placée du ministère de l'Enseignement supérieur et de la recherche.

Autre faiblesse du projet: les parties prenantes dénoncent unanimement l'enclavement du plateau. L'offre en infrastructure de transports n'est pas insuffisante, elle est quasi-inexistante. Pour se rendre facilement sur le site de la banlieue sud, il faudra attendre… 2024, et l'arrivée de la ligne 18 du métro.

En attendant, le projet initial se disloque progressivement. L'idée de fusion entre universités appartient déjà au passé pour certains. Comme l'Université Paris-Sud, qui devait former avec celles de Versailles et d'Évry. Elle n'a finalement pas attendu ses comparses, lancé unilatéralement ses rapprochements avec les laboratoires et s'est autodésignée Université Paris-Saclay.

Jean-Baptiste Huet, édité par N.G.