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Pourquoi la hausse du SMIC ne permet pas de lutter contre la pauvreté des travailleurs

Invité jeudi dans l'émission Good Morning Business, Gilbert Cette, professeur d'économie associé au sein de l'Université d'Aix-Marseille et président de la commission d'experts sur le SMIC, explique pourquoi le fait de rehausser le salaire minimum ne résout pas la situation de pauvreté dans laquelle se trouvent certains travailleurs.

Le SMIC a 50 ans ! Ce jeudi 2 janvier, le salaire minimum célèbre son 50e anniversaire. Réévalué au moins une fois par an en fonction des fluctuations du pouvoir d'achat notamment, le SMIC concerne aujourd'hui plus d'1,6 million de salariés français. Et depuis le 1er janvier 2020, son montant horaire brut a été rehaussé pour se fixer à 10,15 euros par heure (contre 10,03% l'an dernier), soit 1.539,42 euros bruts par mois. Sauf que de l'avis de Gilbert Cette, invité à l'antenne de BFM Business, cette révision à la hausse ne rime à rien. Pis, elle ne permettrait en aucune façon de remédier à la pauvreté avec laquelle doivent composer certains actifs.

"Tous les rapports des trois commissions (trois commissions ont été organisées en l'espace d'une dizaine d'années… - NDLR) ont toujours conclu à la préconisation d'un non coup-de pouce, de s'en tenir au mécanisme automatique de revalorisation du SMIC en France", explique Gilbert Cette.

La compétitivité française en question

Parce que selon le professeur d'économie, la situation française demeure encore "très fragile en termes d'emplois, de marché du travail", concède-t-il. "La France fait partie des rares pays qui connaissent un chômage massif". Or, poursuit-il, "le monde développé est au plein emploi (…) Parmi les 36 pays de l'OCDE, il n'y en a que quatre qui ont un taux de chômage supérieur au nôtre". En cause, détaille l'expert, "une infinité de facteurs". A commencer par le "coût du travail". "Il faut rappeler qu'en 2019, pour la 13e année consécutive, le solde extérieur français est négatif. C'est-à-dire que l'on importe plus que l'on exporte. Il y a donc réellement un problème de compétitivité des produits français qui tient à une multitude de facteurs dont bien sûr le salaire minimum".

Selon Gilbert Cette, l'autre raison pour laquelle la commission d'experts qu'il représente s'oppose à la révision à la hausse du SMIC tient au fait que l'augmentation du salaire minimum ne constituerait, selon les derniers rapports, "pas un moyen efficace pour lutter contre la pauvreté des travailleurs (…) et pour redistribuer du pouvoir d'achat (…) Même pour ceux qui sont au SMIC".

Et de poursuivre: "Parmi les personnes au SMIC, 16% simplement font partie d'un ménage pauvre. Pourquoi? Parce que des personnes aux SMIC peuvent avoir d'autres types de revenus, parce qu'une personne au SMIC peut être le conjoint de quelqu'un qui n'est pas au SMIC. Autant d'exemples qui attestent selon lui du fait qu'une augmentation du SMIC ne permet pas aujourd'hui de remédier à la pauvreté.

Pour Gilbert Cette, la solution le plus efficace pour redonner du souffle aux travailleurs porte un nom: la prime d'activité. Laquelle apparaît, de son point de vue, "autrement plus efficace pour lutter contre la pauvreté".

J.C-H