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Panama papers: vent de panique chez les contribuables français

"Les téléphones des meilleurs avocats fiscalistes de France n'ont pas cessé de sonner depuis les révélations mondiales sur la filière panaméenne de l'évasion fiscale. Et à Bercy, la cellule de régularisation s'attend également à voir affluer les repentis."

Le ministre des Finances, Michel Sapin est formel. Les services de régularisation de Bercy ont reçu bien plus d'appels qu'à l'ordinaire depuis que l’affaire fait la une de la presse. Mais ce sont les cabinets d'avocats fiscalistes qui reçoivent le plus d’appels de contribuables français angoissés par les révélations mondiales sur les particuliers et les entreprises adeptes des sociétés offshore au Panama.

Parmi les Français qui ont eu recours aux services de Mossack Fonseca pour réduire le montant des virements qu'ils font chaque année au fisc, l’heure est à l’angoisse. Un avocat parisien, spécialiste de ces questions d'évasion fiscale, l’affirme: son cabinet s'est subitement transformé en une sorte de "Service après-vente Panama papers". La semaine passée, pendant deux jours -le lundi et le mardi qui ont suivi les révélations- il y a même eu un vent de panique. "Le téléphone n'a pas arrêté de sonner. Un gros tiers des appels, c'est-à-dire une trentaine, ne concernaient que Panama" explique ce fiscaliste. En interne, dans les couloirs, les associés ne parlaient que de ça. Et le même phénomène s'est produit chez la plupart des concurrents.

Une nouvelle manne selon Bercy

Cette affaire va-t-elle permettre à Bercy d'engranger encore plus d'argent? Près de 45.000 contribuables se sont déjà présentés à la cellule de régularisation depuis sa création, en 2013. Selon les tout derniers chiffres, Bercy avait déjà récupéré 4,55 milliards d'euros. Le ministère table sur 2,4 milliards supplémentaire cette année. Et Michel Sapin compte déjà sur cette affaire Panama papers pour revoir ses objectifs à la hausse. Le ministre des Finances explique que chaque révélation déclenche toujours un pic d'appels.

Et celle-là n'échappe pas à la règle. Selon Bercy, les services de régularisation sont débordés. À tel point qu'il va à nouveau falloir renforcer les effectifs. Plusieurs pôles régionaux sont déjà venus étoffer le dispositif central, à Vanves, Saint-Germain-en-Laye, Strasbourg, Bordeaux, Lyon ou encore Marseille. 170 personnes travaillent aujourd'hui dans ces services nous dit-on au ministère des Finances. D'autres sont en formation. D'ici juin, les effectifs grimperont à plus de 200 personnes.

Peu de nouveaux dossiers

Pour autant, les avocats nuancent l'effet Panama papers sur les finances publiques. "Je ne crois pas que cette affaire fasse exploser le nombre de nouveaux dossiers" explique l'un d'eux. Un autre confirme: "Parmi les gens qui nous appellent, il s'agit parfois de personnes qui ont eu une société écran au Panama il y a des années". D'autres ont déjà entamé les procédures de régularisation mais leur dossier est en cours de traitement.

Contrairement à la Suisse ou au Luxembourg, ceux qui ont une "panaméenne" comme on dit dans le jargon sont généralement des clients très avertis qui ont déjà largement pris les devants. Un avocat doute même que cette affaire rapporte beaucoup d’argent à Bercy.

Caroline Morisseau