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Les opticiens dénoncent la future offre de lunettes remboursées à 100%

Deux syndicats d'opticiens  ont quitté la concertation sur le reste à charge zéro, dénonçant une tentative de "réaliser des économies sur la santé visuelle des Français".

Deux syndicats d'opticiens ont quitté la concertation sur le reste à charge zéro, dénonçant une tentative de "réaliser des économies sur la santé visuelle des Français". - Denis Charlet-AFP

Deux syndicats d'opticiens ont quitté la concertation sur le "reste à charge zéro". Le prix des lunettes prévues dans la future offre prise en charge à 100% est jugée trop bas et pourraient leur coûter 1 milliard d'euros. Si elle est attractive, les patients pourraient se détourner des lunettes chères et moins bien remboursées.

L'effort de baisse des prix des lunettes (verres + montures) qui seraient prises en charge à 100% pour le patient, est jugée exorbitant par les opticiens. Deux syndicats -le rassemblement des opticiens de France (ROF) et le Syndicat national de l'optique mutualiste (Synom)- dénoncent une tentative de "réaliser des économies sur la santé visuelle des Français".

Ils ont quitté la table des concertations en cours avec les représentants des opticiens, les mutuelles et les dentistes sur le "reste à charge zéro". Promis par Emmanuel Macron pour la fin de son quinquennat, cette mesure prévoit que les patients n'auraient plus rien à débourser pour des lunettes, des prothèses dentaires ou auditives.

Mais pour être supportable financièrement par la sécurité sociale et les complémentaires santé, l'effort de remboursement intégral sur les lunettes, prothèses dentaires et auditives doit être partagé par les professionnels comme les opticiens en agissant sur le prix de leurs produits. Au ministère de la Santé, on estime vouloir garantir la gratuité de ce type de prothèses tout en précisant que le remboursement intégral ne concernera pas toutes les lunettes, si on prend l'exemple de l'optique.

La réforme coûterait 1 milliard d'euros aux opticiens

Or c'est là que la bât blesse. L'offre de lunettes qui serait remboursée à 100% (une sorte de "forfait Macron") a été jugée trop basse en prix, obligeant les opticiens à faire de substantiels efforts pour modérer leurs prix et leurs marges bénéficiaires. La profession estime qu'elle pourrait perdre 1 milliard d'euros de remboursements dans la réforme voulue par Emmanuel Macron, selon Les Echos. Les opticiens redoutent que les clients se tournent vers l'offre qui ne leur coûtera rien en délaissant les lunettes et les montures plus chères, moins bien remboursées mais plus rémunératrices pour la profession.

Le président du syndicat ROF, André Balbi, évoque "une baisse de 30% des plafonds de remboursement" et "des conditions drastiques de renouvellement anticipé", qui resterait dans tous les cas "impossible avant 1 an". "C'est assez violent pour les Français, qui devront garder des lunettes pas adaptées, sauf ceux qui ont les moyens", déplore-t-il.

Les syndicats d'opticiens dénoncent des objectifs financiers

Selon le ROF et le Synom, deux syndicats d'opticiens, le projet présenté par la Direction de la sécurité sociale (DSS) "ne répond qu'à des objectifs financiers" et "consiste essentiellement à interdire aux Français de changer leurs lunettes avant 3 ans et à baisser fortement les niveaux de couverture" des complémentaires santé.

La ministre de la Santé, Agnès Buzyn, avait prévenu en ce début d'année que l'exécutif gouvernemental souhaitait "clore la concertation en mai" et ferait "des annonces" début juin 2018.

Frédéric Bergé