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Les mauvaises affaires de l'Etat actionnaire

Les participations de l'Etat ont été largement moins performantes que l'ensemble du CAC40 au premier trimestre.

Les participations de l'Etat ont été largement moins performantes que l'ensemble du CAC40 au premier trimestre. - Eric Piermont - AFP

Avant l'annonce de son renforcement au capital de Renault, l'Etat détenait pour 80 milliards d'euros d'actions cotées. Un portefeuille qui a, parfois, fructifié aussi bien, voire mieux que le CAC 40. Mais depuis un an, c'est fini.

On a parfois tendance à l'oublier, mais l'Etat est un boursicoteur de poids. Une piqûre de rappel a d'ailleurs été effectuée ce mardi 8 avril, Bercy annonçant l'achat de 14 millions d'actions de Renault, portant ainsi le poids de l'Etat à hauteur de 19,7% dans le capital du constructeur automobile (contre 15%) auparavant.

Et au-delà de Renault, c'est un portefeuille boursier de pas moins de 80 milliards d'euros que pilote Bercy via l'Agence des Participations de l'Etat (APE) avec à la clef une présence au capital de 13 entreprises cotées. Et au regard de la récente embellie des marchés en ce début d'année 2015, on aurait pu penser que cette manne avait encore grossi. Pas vraiment en fait.

Un portefeuille qui a perdu 4 milliards d'euros

Au 31 mars dernier, dernier point d'étape publié par l'APE, l'Etat détenait pour 80,75 milliards d'euros d'actions cotées en Bourse. En un peu moins d'un an, ce montant a fondu d'environ 4 milliards d'euros puisque fin avril 2014, ce même portefeuille était valorisé à hauteur de 84,7 milliards d'euros.

Certes, entre temps l'Etat s'est défaussé d'actions de Safran, le 8 mars dernier, pour un montant de 1 milliard d'euros, ce qui a mécaniquement réduit la valeur de ses participations. Mais cela n'explique pas tout.

Un coup d'œil à la performance du portefeuille d'actions permet de constater qu'une partie des valeurs détenues par l'Etat ont connu des difficultés en Bourse. Depuis le début de l'année la valeur des actions détenues par l'APE s'est certes appréciée de 3,90%. Mais cette progression fait pâle figure face à l'envolée du CAC40 qui sur la même période a gagné 17,81% signant son meilleur trimestre depuis cinq ans et demi.

Sur un an, la piètre performance du portefeuille détenu par l'Etat actionnaire est encore plus criante. Il a vu sa valeur réduite de 9,89% quand le CAC40 a lui progressé de 13%.

La faute à EDF et GDF

"L'Etat n'est pas un gérant d'actif, ni un fonds souverain comme le fonds souverain norvégien. Son portefeuille n'est pas diversifié, comme le CAC40, il est concentré sur quelques grosses participations dans des secteurs bien identifiés. Le décalage avec le CAC40 peut donc être conséquent", explique Tangi Le Liboux, stratégiste chez Aurel BGC.

"L'Etat est notamment très présent dans les utilities (services aux collectivités, ndlr), un secteur qui souffre depuis plusieurs années et qui a été l'un des moins performants en Europe en ce début d'année", poursuit-il.

En effet, les deux plus importantes participations de l'Etat sont celles dans EDF (84,5% pour 35 milliards d'euros) et GDF Suez (33,2% pour 14,9 milliards d'euros), deux entreprises dont les cours de bourse ont été mis à mal, perdant respectivement -24% et -6,6% sur un an, et -2% et -5,3% depuis le début de 2015.

Et que dire d'Areva, entreprise ô combien à la peine à l'heure actuelle, qui a perdu plus de la moitié de sa valeur (-52%) en un an.

Une politique pas toujours claire

"L'Etat est à la tête de beaucoup d'entreprises qui ont actuellement d'importants défis à relever", résume Tangi Le Liboux. Des géants de l'énergie dont le poids au sein des participations de l'Etat est tel qu'il étouffe les bonnes performances d'autres entreprises telles que PSA (+52% sur trois mois) Airbus (+46% sur trois mois) ou Renault (+40%).

Peut-on pour autant affirmer que l'Etat est un piètre "boursicoteur"? Tangi Le Liboux appelle à la prudence, rappelant qu'en d'autres temps, il a au contraire surperformé le CAC40. Néanmoins "on peut poser la question de l'efficacité de l'Etat comme actionnaire de long terme au sein d'une entreprise", considère-t-il alors que l'Etat "n'a pas toujours eu une politique actionnariale claire, mêlant à la fois des considérations économiques et politiques. Ce qui, à moyen-long terme peut aboutir à des performances médiocres".

L'Etat s'est d'ailleurs récemment efforcé de clarifier sa politique en tant qu'actionnaire, tout une partie du projet de loi Macron y étant consacré. Et, ce jeudi, Bercy a bien souligné que l'acquisition des titres Renault est "conforme à la nouvelle doctrine de l'Etat actionnaire, qui consiste à avoir une gestion active de son portefeuille". Une gestion qui, pour le moment, reste néanmoins en retrait des principaux indices européens….