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Le gouvernement veut baisser les charges de davantage de salariés

Les baisses de charges pourraient concerner jusqu'à 3 Smic

Les baisses de charges pourraient concerner jusqu'à 3 Smic - Fred Tanneau - AFP

Selon les Échos, l'exécutif souhaiterait étendre les baisses de cotisations sur les salaires allant jusqu'à trois fois le Smic. Objectif: renforcer la compétitivité de l'industrie française.

Encore une fois Bruno Le Maire a pris soin de préparer les esprits. Dimanche, sur CNews, le ministre de l'Économie a laissé entendre que de nouvelles baisses de charges pourraient être décrétées, venant ainsi diminuer le coût du travail pour les salaires relativement élevés. "Je crois qu'il faut maintenant que nous réfléchissions à un allègement de charges au-dessus de 2,5 Smic pour nos entreprises industrielles qui veulent exporter", a-t-il ainsi affirmé.

Selon les Échos, le gouvernement plancherait effectivement sur une baisse de charges qui irait jusqu'à trois Smic (soit un salaire brut mensuel de 4440 euros).

Comme le laissait entendre Bruno Le Maire, l'idée serait de donner un coup de pouce à la compétitivité française alors que le déficit commercial s'est encore détérioré au premier semestre (22,7 milliards d'euros, soit 11 milliard de plus que sur les six premiers mois).

Rendre la France plus attractive

Mais aussi de rendre la France plus attractive alors que la bataille fait rage pour attirer les grands noms de la finance à Paris, dans le cadre du Brexit.

En février, René Proglio, le directeur général de Morgan Stanley France affirmait ainsi à la commission des Finances du Sénat que "ce qui nous handicape ce sont les charges sociales patronales. Quand vous regardez les charges sociales patronales, que vous faites un étalonnage entre Francfort et Paris, que vous voyez les écarts, vous comprenez qu‘on a un très, très, très gros problème".

Les précédentes baisses de cotisations sociales via le CICE (le crédit d'impôt compétitivité pour l'emploi) et le pacte de responsabilité ont été concentrées sur les salaires modestes de 1 à 2,5 Smic, avec des effets plus forts autour du Smic.

La transformation du CICE en baisse de charges telle que voulue et actée par le gouvernement va encore renforcer cette tendance. Selon une évaluation faite en juillet par l'OFCE, cette mesure conduirait in fine à alléger encore davantage le coût du travail pour les salaires compris entre 1 et 1,6 Smic mais à le renchérir pour ceux entre 1,6 et 2,5 Smic.

Des obstacles

D'où l'idée d'atténuer ces écarts. Reste que plusieurs problèmes se posent avec cette mesure. La première, la plus évidente, reste son coût. Sans préciser ses modalités exactes, Les Échos évoquent un chiffre de 2,9 milliards d'euros qui risque d'être pour le moins difficile à supporter quand on a en tête les engagements européens de Paris sur le déficit. En 2019, l'exécutif va tenter de ne pas dépasser les 3% du PIB, la transformation du CICE en baisse de charges générant un surcoût d'environ 20 milliards d'euros.

Pour cette raison, toujours selon les Échos, une partie du gouvernement serait hostile à la mesure voulue par Bruno Le Maire. Matignon souhaiterait ainsi, en premier lieu, que "le redressement des finances publiques" soit acté.

Autre souci, plus politique, la mesure aurait des effets limités sur l'emploi. En effet, plusieurs études ont démontré que les baisses de charges ont beaucoup plus d'impact lorsqu'elles sont ciblées sur les bas salaires. "Les réductions de charges sur le coût du travail doivent être ciblées massivement sur les bas salaires, à proximité du Smic, pour créer des emplois et réduire significativement le chômage", expliquaient ainsi les économistes Pierre Cahuc et Stéphane Carcillo dans une étude datant de janvier 2014.

En allégeant davantage le coût du travail sur les hauts salaires, le gouvernement prend le risque de rendre peu visibles politiquement les effets de la mesure et devra alors faire un important travail de pédagogie pour la justifier.

J.M.