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Impôt: pourquoi les PME ne veulent pas du prélèvement à la source

Sophie Duprez, déléguée nationale de la CGPME, et présidente de l'entreprise Crousti Pain, était l'invitée des Décodeurs de l'éco le 16 mars.

Sophie Duprez, déléguée nationale de la CGPME, et présidente de l'entreprise Crousti Pain, était l'invitée des Décodeurs de l'éco le 16 mars. - BFM Business

"Le gouvernement a confirmé qu'il reviendrait aux entreprises d'opérer le prélèvement de l'impôt sur le revenu directement sur les salaires. La déléguée nationale de la CGPME trouve l'idée très mauvaise."

Beaucoup de questions subsistent au lendemain de la confirmation que l'impôt sur le revenu sera bientôt prélevé directement par les entreprises. Que se passera-t-il pendant la fameuse année de transition? Comment le dispositif sera-t-il mis en place dans les entreprises? En attendant des réponses, la réforme suscite déjà les réticences du patronat. En particulier dans les petites entreprises. Trois questions à Sophie Duprez, déléguée nationale de la CGPME, et présidente de l'entreprise Crousti Pain, une entreprise de 100 salariés basée à Clermont Ferrand.

En quoi est-ce un problème de prélever l'impôt sur les sociétés directement sur les salaires?

Cela va prendre du temps de mise en place. Il va falloir changer nos logiciels de paie, ou les modifier. Nous avons autre chose à faire –s'occuper de nos clients, de notre business- plutôt que gérer la fiscalité de nos salariés. Notre métier premier n'est pas celui-là. Et surtout, notre relation avec nos salariés risque d'en pâtir

En quoi cela peut-il affecter vos liens avec vos salariés?

Celui qui gagnait hier 1.000 euros va gagner demain, en net, seulement 900 euros. Et pour lui, ce sera moi la responsable. Il va me falloir faire de la pédagogie. Certaines personnes avec qui je travaille ne suivent pas forcément l'actualité. Ils ne sauront rien de la réforme. Ce sera à moi d'expliquer pourquoi il touche moins à la fin du mois. Même principe pour les différences de taux d'imposition. Prenons le cas d'un chef, qui gagnait 1.200 euros avant le prélèvement à la source et d'un salarié qui disposait de 1.000 euros. Imaginons que demain, ils touchent tous les deux le même chèque, en raison d'une différence de taux de taxation. Là encore, l'interlocuteur auprès de qui se plaindre sera le patron.

Comment gérer cette situation lorsqu'on est patron?

Concrètement, l'intérêt du dirigeant de PME sera que son employé paie le minimum d'impôt sur le revenu, parce que sinon il sera en première ligne. C'est pour cela qu'on ne veut pas avoir à rentrer là-dedans, nous préférerions que cela reste confidentiel. Sinon au quotidien, nous allons devoir conseiller nos salariés sur ce qu'ils doivent faire vis-à-vis du fisc.

N.G.