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EXCLUSIF - Les recettes fiscales sur le tabac s’envolent

Les recettes fiscales ont bondi de 700 millions d’euros l’an passé grâce à la hausse d’un euro du prix des cigarettes.

Les recettes fiscales ont bondi de 700 millions d’euros l’an passé grâce à la hausse d’un euro du prix des cigarettes. - LOIC VENANCE / AFP

Les recettes fiscales ont bondi de 700 millions d’euros l’an passé grâce à la hausse d’un euro du prix du paquet de cigarettes. Les buralistes en profitent aussi.

2018 a été une année record pour l’Etat. Les taxes sur le tabac ont progressé de 700 millions d’euros l’an passé, sous l’effet de la forte hausse de la fiscalité et par conséquent des prix des cigarettes, du tabac à rouler et des cigares. En mars dernier, le gouvernement a augmenté fortement les taxes pour forcer les industriels à répercuter une hausse d’un euro sur le prix des cigarettes. Conséquence de quoi, les ventes ont reculé de 9,3% en 2018, comme l’a indiqué le distributeur Logista la semaine passée. Une mesure de santé publique destinée à pousser les fumeurs à arrêter ou à diminuer leur consommation.

Mais une mesure aussi destinée à renflouer les caisses de l’Etat. Comme les prix ont augmenté de 15%, le marché s’y retrouve. La baisse des volumes a été plus que compensée par la hausse des prix. Ainsi, l’Etat, qui prélève 83% de taxes, a vu ses recettes s’envoler de précisément 702 millions d’euros, selon les calculs de BFM Business à partir des chiffres de ventes détaillés de Logista. Au total, les taxes et la TVA sur le tabac ont rapporté plus de 15 milliards d’euros à l’Etat, un montant record.

Cagnotte de près de 200 millions

Dans le détail, les taxes sur les cigarettes ont atteint 485 millions d’euros, celles sur le tabac à rouler 211 millions, celles sur les cigares 25 millions d’euros et les autres tabacs (pipe, chicha…) 27 millions d’euros. Les Douanes ont prévu de dévoiler leurs chiffres officiels au mois de mars. Mais d’ores et déjà, c’est une très belle année pour les finances publiques. En début d’année 2018, Bercy avait prévu d’engranger 510 millions d’euros de recettes fiscales supplémentaires grâce à l’augmentation des prix. Il y a aura donc finalement une « cagnotte » sur le tabac de près de 200 millions d’euros !

C’est la troisième fois que l’Etat parvient à augmenter ses taxes sur le tabac d’un montant aussi élevé. En 2003, lors du « Plan Cancer » de Jacques Chirac, les prix avaient augmenté de 40% en deux ans et les taxes avaient aussi bondi de 700 millions d’euros. Rebelote en 2010 quand le gouvernement avait augmenté les prix de seulement 30 centimes.

100 millions de plus pour les buralistes

L’ensemble du marché a profité de la hausse des prix. Si le grand gagnant reste l’Etat, les buralistes ont aussi réalisé une belle année. Ils touchent une commission sur le prix de vente. En plus d’avoir profité de la progression du chiffre d’affaires du marché, ils avaient négocié avec Bercy en 2016 une augmentation de leur commission. Ainsi, cette « remise buraliste » avait augmenté de 7,5% à 7,7% (en net) au 1er janvier 2018. Un double effet qui permet 23 000 bureaux de tabac de gagner près de 1,5 milliard d’euros, soit tout de même 104 millions d’euros de plus qu’en 2017 !

Une performance record pour une profession qui subit tout de même une chute de ses ventes de 9,3% ! D’autant que chaque année, des centaines de buralistes ferment, ce qui permet aux autres de récupérer une partie de leurs ventes. La hausse des prix provoque aussi une recrudescence de la contrebande même si aucun chiffre n’est disponible aujourd’hui. Les ventes sur Internet prennent de plus en plus d’ampleur. Selon les industriels, elles pèsent près de 5% du marché. Avec les nouvelles hausses de prix d’un euro en 2019 et 2020, le mouvement va s’accentuer.