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Déficit: la Cour des comptes interpelle les candidats à la présidentielle

Le Cour des comptes met en garde les candidats à la présidentielle.

Le Cour des comptes met en garde les candidats à la présidentielle. - BERTRAND GUAY / AFP

Didier Migaud, le premier président de la Cour des comptes appelle les candidats à la présidentielle à poursuivre les efforts budgétaires en 2017, année qui s’annonce délicate sur le front des finances publiques. D’où l’importance des choix opérés par le prochain président.

Si le déficit du budget de l’État a été réduit plus que prévu en 2016, la Cour des comptes appelle les candidats à la présidentielle à poursuivre les efforts lors de l’année 2017 qui s’annonce particulièrement délicate sur le front des finances publiques. D’où l’importance des choix qui seront opérés par le prochain président.

À l’approche de l’élection du nouveau chef de l’état, le premier président de la Cour des comptes, Didier Migaud, a appelé ce jeudi les candidats à la présidentielle à ne pas relâcher les efforts entrepris pour assainir les finances publiques, jugées "fragiles et vulnérables" malgré les "progrès" enregistrés ces dernières années. "La Cour a eu l'occasion de souligner les efforts et les progrès intervenus dans les années récentes", tant sur le plan des "dépenses publiques locales" et des "finances de la Sécurité sociale" qu'au niveau des comptes de l'Etat, a souligné Didier Migaud, à l'occasion de l'audience solennelle de rentrée de la Cour des comptes.

Mais "le redressement de nos comptes publics est encore loin d'être acquis et nos finances publiques sont encore fragiles et vulnérables, ce qui tend à nous isoler et à nous affaiblir", a ajouté l'ancien député socialiste, en présence du Premier ministre, Bernard Cazeneuve, et de plusieurs membres du gouvernement.

Un retour sous les 3% difficilement atteignable

Le gouvernement a annoncé mardi avoir réduit plus que prévu le déficit du budget de l'Etat en 2016, à 69 milliards d'euros contre 72,3 initialement prévu, et 70,5 milliards l'an dernier. Cette baisse devrait permettre au déficit public, qui englobe les comptes de l'Etat mais également ceux des collectivités locales et de la Sécurité sociale, d'être conforme aux prévisions, soit 3,3% du produit intérieur brut - le gouvernement ayant prévu en 2017 un retour sous la barre des 3% exigée par Bruxelles.

Pour la Cour des comptes, "plusieurs tendances lourdes" vont toutefois compliquer la tenue de cet objectif dans les années à venir, à commencer par "la disparition possible des atouts sur lesquels l'Etat a pu s'appuyer dans les années récentes pour maîtriser ses dépenses". "La Cour a estimé que 40% de la réduction du déficit public intervenue depuis 2011 était due à la baisse des taux d'intérêt". Or "le risque de voir la charge d'intérêts se mettre à progresser est tout sauf négligeable", a prévenu Didier Migaud, pour qui les choix "qui seront opérés en 2017" seront décisifs.

Les dépenses publiques vont en outre augmenter en raison de "la très forte dynamique salariale constatée dans les administrations publiques depuis 2016" et des "choix effectués par notre pays pour renforcer ses efforts en matière de sécurité", a-t-il ajouté.

Audit général des finances publiques en juin

Plusieurs candidats à la présidentielle se sont engagés, s'ils étaient élus, à tenter de relancer la croissance par une politique budgétaire expansionniste, quitte à déroger à la règle européenne des 3% de déficit public. Une option risquée, selon Didier Migaud, selon qui "la poursuite du redressement des comptes publics n'est pas une fin en soi" mais "une condition sine qua non de la préservation et du renforcement de nos services publics".

La Cour des comptes, qui a annoncé avoir "pris l'initiative de préparer la conduite d'un audit général des finances publiques", dans le cadre d'un rapport qui sera publié en juin, appelle ainsi à "accorder plus d'attention aux résultats" des politiques publiques avant de mettre en place de nouvelles réformes. "J'ai bien conscience que c'est une révolution, au moins copernicienne, à laquelle la Cour appelle, mais je crois que nous sommes ici nombreux à être convaincus que le temps de ce changement est venu", a conclu Didier Migaud.

P.L avec AFP