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Déficit: ce que va maintenant faire le gouvernement

Gérald Darmanin, le ministre des Comptes publics, Gérard Collomb, le ministre de l'Intérieur et Edouard Philipe, le Premier ministre

Gérald Darmanin, le ministre des Comptes publics, Gérard Collomb, le ministre de l'Intérieur et Edouard Philipe, le Premier ministre - Philippe Huguen - AFP

Après le rapport alarmiste de la Cour des comptes, l'exécutif va désormais se réunir en séminaire ce vendredi et ce samedi pour évoquer les arbitrages budgétaires. Le Premier ministre précisera ensuite sa stratégie lors de son discours de politique générale.

L'ampleur de l'effort est désormais connue. Jeudi, la Cour des comptes a publié son rapport sur la perspective des finances publiques. Épinglant sévèrement le précédent exécutif dont ils ont fustigé l'"insincérité du budget", les Sages de la rue Cambon estiment que le déficit atteindra 3,2% du PIB d'ici à la fin 2017 si rien n'est fait. Soit un chiffre bien loin des 2,8% visés par le précédent gouvernement.

Ce qui représente grosso modo un trou de 8 milliards d'euros, "un chèque en bois" considéré comme "inacceptable" par le Premier ministre Édouard Philippe. Ce dernier s'est néanmoins engagé à repasser sous la barre des 3% de déficit cette année. Ce qui, selon le ministre de l'Action et des comptes publics, Gérald Darmanin, nécessitera de trouver entre "4 et 5 milliards d'euros d'économies".

Séminaire puis discours de politique générale

Avant de prendre des décisions dont le gouvernement avait prévenu avant même la publication du rapport de la Cour des comptes qu'elles seraient "difficiles", l'exécutif va tout d'abord se réunir. Un séminaire gouvernemental va ainsi avoir lieu ce vendredi et ce samedi. Cette "mise au vert" qui aura lieu à Nancy doit permettre de décider des arbitrages budgétaires entre les ministres. Pour l'occasion, le Premier président de la Cour des comptes Didier Migaud viendra présenter en détail les résultats de l'audit de son institution aux membres du gouvernement.

Ensuite, Édouard Philippe précisera sa stratégie de redressement des finances publiques en deux temps. D'abord lors de son discours de politique générale, le 4 juillet prochain. Puis lors du débat d'orientation des finances publiques qui aura lieu à la mi-juillet.

Pour le moment une seule et unique décision concrète a été annoncée par Gérald Darmanin: le gel du point d'indice des fonctionnaires, qui sert de base à leur rémunération brute. Une mesure qui faisait d'ailleurs partie des nombreuses pistes d'économies publiées par la Cour des comptes jeudi.

Le plus dur pour 2018

Au-delà de cette année 2017, le plus dur pour le gouvernement Philippe va être pour 2018. Un ensemble de décisions prises sous François Hollande vont en effet compliquer la tâche. Ainsi les recettes devraient se réduire de 6 milliards d'euros à cause de différentes mesures (hausse du taux du CICE, baisse du taux d'impôts sur les sociétés). Les dépenses vont elles augmenter de 7 à 9 milliards d'euros, selon la Cour des comptes, en raison notamment des promesses faites sur les salaires des fonctionnaires.

À cette équation déjà complexe se rajoutent les promesses de campagne d'Emmanuel Macron pour 2018, comme par exemple le début de l'exonération de la taxe d'habitation pour les ménages les plus modestes.

Un véritable casse-tête quand on sait que Bruno Le Maire a bien précisé que les promesses du candidat seront "respectées". "Ensuite il faut les inscrire dans un calendrier", a-t-il précisé, en marge de son déplacement à New York. Ce qui n'empêche donc pas de repousser certaines mesures si besoin.

Mise en garde du Medef

Une piste qui revient serait de reporter la transformation du CICE en baisse de charges. Une mesure qui a un coût important, puisqu'en 2018, l'année de transition, l'État verserait à la fois le crédit d'impôt aux entreprises au titre de 2017 mais aussi les baisses de charges pour 2018. Une double ration dont le coût avait été évalué par le Coe-Rexecode à 24,7 milliards d'euros. Ce chiffre avait toutefois été ensuite contesté par En Marche! le coordinateur du programme, Jean Pisani-Ferry, l'ayant jugé surévalué de 5 milliards d'euros.

Dans tous les cas, le Medef a jugé bon de prévenir dans un communiqué que "l'audit de la Cour des comptes ne doit pas être un prétexte pour repousser les réformes". "Ce n’est pas en recourant une nouvelle fois à l’arme fiscale ou en abandonnant les promesses de campagne favorables à nos entreprises que le nouvel exécutif", y affirme ainsi son président Pierre Gattaz.

Julien Marion