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Croissance, déficit, chômage: les échecs du premier gouvernement Valls

Sur les trois premiers mois du gouvernement Valls, 50.000 chômeurs de plus en catégorie A ont été enregistrés.

Sur les trois premiers mois du gouvernement Valls, 50.000 chômeurs de plus en catégorie A ont été enregistrés. - Fred Dufour - AFP

En à peine cinq mois, le premier gouvernement constitué par Manuel Valls n'a pas réussi à infléchir la mauvaise conjoncture. Au contraire, la croissance a calé, et le chômage a poursuivi sa hausse.

Le premier gouvernement Valls a vécu. Mécontent de voir Arnaud Montebourg multiplier les critiques et réclamer "une réforme en profondeur" de la politique économique, le Premier ministre a présenté, ce lundi 25 août, la démission de son gouvernement à François Hollande.

Le prochain gouvernement, qui se fera vraisemblablement sans l'actuel ministre de l'Economie, doit être annoncé mardi. Question: le gouvernement Valls II fera-t-il mieux que Valls I? Car, aussi bien sur la croissance, sur les déficits, que sur le chômage, le bilan est négatif pour la première équipe.

> 50.000 chômeurs de plus

Selon les chiffres de la Dares, la direction des études statistiques du ministère du Travail, le nombre de demandeurs d'emploi en catégorie A, c’est-à-dire sans aucune activité, était de 3,349 millions en mars, soit le mois précédent l'arrivée du gouvernement Valls au pouvoir.

Au mois de juin, dernier mois dont les données sont disponibles, ce chiffre était passé à 3,398 millions, soit 49.000 demandeurs d'emploi en plus. Si l'on prend en compte les trois principales catégories (A, B et C) on arrive à 5,719 millions de personnes en juin soit presque 100.000 de demandeurs d'emplois en plus qu'en mars.

Le gouvernement a, il est vrai, plusieurs fois expliqué que le chômage ne reculerait pas tant que le pacte de responsabilité ne monterait pas en puissance. Or ce dispositif n'a pas encore pris son rythme de croisière. 

> Une prévision de croissance divisée par deux

Le 22 avril dernier, le gouvernement Valls faisait preuve d'optimisme, en relevant sa prévision de croissance de 0,9% à 1% pour 2014, tout en tablant sur 1,7% pour 2015. Dès la mi-juin, le Haut Conseil aux Finances publiques envoie un avertissement au gouvernement : les derniers indicateurs macroéconomiques rendent "moins probable" ces objectifs. Réponse de Michel Sapin, le ministre des Finances : ce chiffre de 1% de croissance "peut parfaitement être atteint". Mais non.

Le 14 août dernier, l'Insee publie son estimation de croissance pour le deuxième trimestre. D'avril à juin, soit la période où le gouvernement Valls a été aux manettes, le PIB a stagné, la croissance n'étant que de 0%, comme au premier trimestre, soit bien mois que les 0,3% auparavant anticipé par l'Insee sur cette période. L'investissement des entreprises, notamment est en berne.

Face à cela, l'exécutif se rend alors à l'évidence: avec deux trimestres de croissance nulle, il est impossible d'arriver à un chiffre de 1% à la fin de l'année. Le gouvernement divise par deux sa prévision, tablant désormais sur 0,5% de croissance pour 2014. Pour 2015, il l'abaisse à 1%.

> Le déficit de 3,6% à "plus de 4%"

Autre revers du gouvernement Valls, les engagements sur le déficit. Peu après la constitution du gouvernement, Michel Sapin annonce, le 23 avril dernier, la révision à la baisse des objectifs. Le chiffre, pour 2014, passe de 3,6% à 3,8%. Pour 2015, le cap est désormais fixé à 3%, contre 2,8% auparavant.

Le gouvernement Valls tient néanmoins toujours la promesse faite par l'équipe de Jean-Marc Ayrault à la Commission européenne, c'est-à-dire faire passer le déficit public sous les 3% d'ici à 2015. Mais là encore, la mauvaise conjoncture va contraindre le gouvernement à revoir ses objectifs.

Après la publication des mauvais chiffres de la croissance, Michel Sapin indique alors que le déficit va, en 2014, dépasser les 4%. Et l'objectif d'un chiffre de 3% pour 2015 s'éloigne de plus en plus…

Julien Marion