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Crise de la dette : que risque la France ?

Un sommet européen devrait se tenir ce vendredi pour trouver une solution  à la crise.

Un sommet européen devrait se tenir ce vendredi pour trouver une solution à la crise. - -

Hier mardi, les bourses européennes ont fortement chuté, avant de se redresser dans la soirée. Le scénario, tant redouté, d’une contagion des problèmes financiers de la Grèce sur d’autres pays européens, se met en place au sein de la zone euro. Inquiets, des économistes expliquent les conséquences, notamment sur l'épargne des Français...

Zone de turbulences dans la zone euro. Les bourses européennes ont encore souffert hier mardi et ont fortement chuté [Milan - 4%, Madrid - 3%, Paris - 2,13%, Londres - 2,25%], avant de se redresser dans la soirée, la bourse de Paris terminant à - 0,98%.

« Un effet de contagion… »

Une dégringolade des valeurs boursières, que l’économiste Marc Touati explique : « Il y a aujourd’hui une inquiétude importante sur les dettes publiques dans la zone euro ; on a donc un effet de contagion : on est parti de la Grèce, puis le Portugal, l’Espagne, maintenant l’Italie… Tout ça inquiète les investisseurs ; c’est donc pourquoi on a ce mouvement de panique, de baisse boursière. Nous payons toutes les erreurs accumulées sur la gestion de cette crise de la dette publique. C’est ce qui fait qu’aujourd’hui on a le sentiment qu’une zone euro qui ne marche plus ».

« Après l’Italie, la France… »

En effet, la crise de la dette se rapprochant de l’Italie, la troisième économie européenne, les marchés craignent une contagion de la crise grecque aux autres pays de la zone euro, en particulier aux pays fortement endettés.
Persuadé que la France, dont l’endettement représente 85% du PIB, va droit à la catastrophe, et cela, bien avant 2012, Philippe Dessertine, professeur de finances à l’université Paris X-Nanterre et directeur de l’Institut des hautes finances, explique : « La solidarité est indispensable entre Européens ; sans quoi, les conséquences pourraient être absolument dramatiques. A partir du moment où des pays de la zone euro ont des difficultés à se refinancer, ça augmente le risque pour toute l’Europe. Donc ça signifie que les pays qui ont des difficultés dans leur dette publique, se retrouvent immédiatement impactés. C’est le cas de l’Italie ; ensuite, le suivant c’est la France. Ça signifie que l’Etat français, qui aujourd’hui se trouve structurellement en déficit, va être obligé de restreindre son mode de fonctionnement. Ça signifie une austérité, une rigueur. Nous n’avons pas le choix ; il n’y a pas 36 solutions, la rigueur c’est restreindre les dépenses publiques de manière plus forte que ce qui a été fait aujourd’hui ; ça veut aussi dire, par exemple, augmenter les impôts, comme le RSA ou la TVA ».

D’ailleurs, pour rassurer les marchés, l'Italie a promis d'adopter un plan de rigueur d'ici dimanche. Résultat, la bourse de Milan a finalement clôturé en hausse de 1,18%.

« Ça remettrait en cause l’assurance-vie, sensée être l’épargne la plus sûre »

Jean-Marc Daniel est professeur d'économie à l'ESCP et spécialiste de la dette. Pour lui, la crise de la Grèce pourrait se propager à la France si rien n’est fait. Et à long terme, cela pourrait avoir des conséquences sur l'épargne des Français : « Sur l’assurance-vie – qui a été un des placements privilégié des Français –, il faut savoir que derrière il y a de la dette publique ; et donc si un pays faisait défaut, n’honorait pas sa dette, un certain nombre de contrats d’assurance-vie seraient menacés. C’est une des raisons pour laquelle les Etats, la Banque centrale, les dirigeants européens peuvent difficilement se permettre un défaut, parce que ça remettrait en cause directement une épargne qu’on a présentée pendant des années comme la forme la plus sûre d’épargne que l’on pouvait offrir aux petits et moyens épargnants ».

« Le plus important dans ce type de période, c’est de diversifier son épargne »

En ces temps de crise des valeurs boursières, Nicolas Bouzou, économiste et directeur de la société d'analyse et de prévisions économiques Asterès, conseille aux épargnants français de « diversifier leur épargne : la placer dans des supports un peu risqués comme des actions, d’autres moins risqués comme des livrets d’épargne à très court terme… Je crois aussi qu’il faut diversifier ses avoirs dans plusieurs banques. Et dans la mesure du possible, il faut avoir un peu d’immobilier, par exemple, parce que son avantage c’est qu’il ne disparaît pas ; il peut y avoir des périodes de prix plus ou moins élevés, mais c’est aussi une valeur refuge ».

La Rédaction, avec Eléna Le Runigo