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Combien gagnent les professeurs des écoles

Najat Vallaud-Belkacem a annoncé que les professeurs de écoles seraient augmentés en 2016.

Najat Vallaud-Belkacem a annoncé que les professeurs de écoles seraient augmentés en 2016. - Jean-Pierre Clatot-AFP

"En promettant de passer de 400 à 1.200 euros la prime annuelle que touchent les professeurs des écoles, le gouvernement fait du rattrapage. Leur rémunération reste inférieure à celle des professeurs de collège et lycée qui ont en plus des heures supplémentaires payées, augmentant d'autant leur salaire de base."

S'agit-il d'un début de revalorisation de la carrière des instituteurs, devenus professeurs des écoles depuis la réforme Jospin de 1989? Les enseignants du premier degré vont être augmentés en 2016, a promis le gouvernement. Le Premier ministre en précisera la forme et le calendrier prévisionnel mardi 3 mai 2016, en clôture de deux journées consacrées à la loi de refondation de l'école.

En fait d'augmentation, il s'agit d'une mesure d'équité concernant une indemnité de 1.200 euros déjà perçue par les enseignants du second degré. "Nous travaillons avec les syndicats à un alignement des primes perçues par les professeurs des écoles et ceux du second degré", a précisé le week-end dernier la ministre de l'Éducation nationale, Najat Vallaud-Belkacem.

Les enseignants du collège et du lycée reçoivent depuis 1989 une indemnité annuelle de 1.200 euros, l'Isao (indemnité de suivi et d'orientation des élèves). En 2013, Vincent Peillon avait introduit une prime annuelle équivalente pour les professeurs des écoles mais réduite à 400 euros, pour le suivi et l'accompagnement des élèves (versée en deux fois 200 euros).

Pour le principal syndicat de professeurs des écoles, le SNUIPP, le compte n'y était pas puisqu'il restait un écart non justifié de 800 euros avec les professeurs certifiés. Sur son site Internet, le syndicat milite toujours pour un alignement rapide de cette prime sur celle des professeurs de collège et lycée.

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- © Comme pour tout fonctionnaire, la rémunération principale des professeurs des écoles augmente périodiquement lorsqu'ils gravissent les échelons à l'intérieur de leur grade

Cette rallonge individuelle de 800 euros concerne 330.500 enseignants du premier degré (secteur public). Elle pourrait coûter en année pleine près de 264 millions d'euros. Le Premier ministre devra donc arbitrer entre les contraintes budgétaires et les attentes des enseignants d'école maternelle et élémentaire.

Cette mesure de rattrapage a remis au jour les différences de rémunération entre les deux corps d'enseignants de l'Éducation nationale, qui ont pourtant fait l'objet d'un rapprochement de leurs statuts. Officiellement, les recrutements sur concours se font au niveau bac plus 5 et les grilles salariales sont a priori les mêmes entre professeurs des écoles (premier degré) et certifiés (second degré), affectés au collège et au lycée. Au terme de 20 ans d'ancienneté, les salaires nets varient ainsi de 2.324 à 2.498 euros nets pour les deux corps d'enseignants, selon l'avancement plus ou moins grand de leur carrière, lié à leur note administrative. 

Les écarts de rémunération entre professeurs du 1er et du 2e degré passent par les primes

Mais cette convergence des salaires masque de vraies différences de traitement concernant les régimes indemnitaires. Ces primes permettent aux enseignants du second degré d'arrondir leurs fins de mois par rapport à leur salaire de base. Les professeurs certifiés bénéficient du paiement d'heures supplémentaires (107,60 à 119,56 euros par mois) ou d'indemnités de professeur principal (de 74,62 euros à 117,41 euros par mois) qui augmentent autant leur traitement de base.

Ces primes finissent par créer des écarts de rémunération de plus de 300 euros par mois avec les professeurs des écoles (avant le rattrapage annoncé par le gouvernement de Manuel Valls). Or ceux-ci n'ont pas accès à ces indemnités alors que leur nombre hebdomadaire d'heures de service (face aux élèves) atteint 25,5 heures contre 18 heures pour les professeurs certifiés. Les professeurs du 1er degré ont par ailleurs dû s'adapter à la réforme des rythmes scolaires entrée en application en septembre 2014.

Le contexte pré-électoral devrait servir les intérêts de cette catégorie d'enseignants, le gouvernement socialiste étant prêt à ouvrir les cordons de la bourse au profit d'une profession qui lui apporte traditionnellement ses suffrages lors des élections.

Frédéric Bergé