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Chômage: faut-il baisser les salaires pour relancer l'emploi?

L'écart entre salaires et productivité pourrait encore accélérer la hausse du chômage

L'écart entre salaires et productivité pourrait encore accélérer la hausse du chômage - -

Alors que les chiffres du chômage de mars vont être publiés, ce jeudi 25 avril, le Conseil d'analyse économique s'inquiète du décalage entre les salaires français et la productivité. Ce phénomène rend très difficile une inversion "de la courbe du chômage à moyen terme".

Le nombre de chômeurs va-t-il battre son record de 1997? Ce jeudi 25 avril, les chiffres pour le mois de mars seront connus, et il est bien probable que le précédent pic, à 3,195 millions de personnes sans emploi, soit battu. La porte-parole du gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem, a en tout cas prévenu ce matin que les chiffres "ne devraient pas être bon".

De plus en plus, l'inversion de la courbe du chômage pour fin 2013 paraît compromise. Mais pour tenter, malgré tout, de tenir cet objectif, le gouvernement peut s'inspirer d'une note du Conseil d'analyse économique (CAE) composé d'économiste chargés de conseiller le Premier ministre sur sa politique économique.

Dans ce document, le CAE pointe une tendance qui lui semble inquiétante: l'écart entre la productivité du travail, qui tend à stagner, et les salaires réels nets "qui ne fléchissent pas". Depuis 2008, la hausse moyenne de ces salaires a ainsi été de 0,8% par an dans le secteur privé.

"Ce décalage laisse craindre une dégradation supplémentaire de la situation de l'emploi", poursuit le CAE qui ajoute plus loin que "cette évolution est préoccupante".

Le crédit d'impôt compétitivité menacé

De plus, cette tendance menace deux très grands chantiers: "Si elle se confirme" cette évolution "met en danger l'efficacité du crédit d'impôt compétitivité emploi pour réduire durablement le coût du travail" et "rend très difficile une inversion de la courbe du chômage à moyen terme", écrivent les auteurs de cette note. Autrement dit le CAE doute de la réalisation de l'objectif fixé par François Hollande.

Ce phénomène s'explique par le fait que les entreprises préfèrent jouer davantage sur l'emploi que sur les salaires, afin de préserver la motivation des employés.

L'exception française dans la zone euro

Pour les économistes du think tank de Matignon, il s'agit d'une exception française. Le CAE s'étonne ainsi que la hausse du chômage, depuis 2008, n'ait pas eu de répercussions sur les salaires, comme cela a été le cas dans la très grande majorité des pays de la zone euro.

En outre, depuis 2008, les salaires nets ont progressé beaucoup plus dans l'Hexagone que dans n'importe quel autre de ses voisins européens.

Dans ses conclusions, le CAE recommande différentes mesures pour tenter d'enrayer la tendance. Parmi elles, il suggère d'adosser le financement de la protection sociale "sur une base fiscale", autrement dit basculer sur la CSG.

Il appelle également à "une politique monétaire plus accommodante" en Europe. Il s'agit donc de faire pression sur la Banque centrale européenne pour que celle-ci agisse contre le chômage, comme le fait sa consoeur américaine, la Réserve Fédérale.

En revanche, le CAE prévient: en raison de la faible inflation, un ajustement sur les salaires est "difficile". On s'en doute.

Le titre de l'encadré ici

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La formation plutôt que les emplois d'avenir

Dans une autre note, également présentée mardi au gouvernement , le CAE se penche sur le chômage des jeunes, qui touche 17% des 15-29 ans. Et il y souligne le rôle essentiel de la formation comme moyen de réduire le chômage.

Le CAE propose ainsi de piocher dans les fonds dévolus aux emplois d'avenir pour financer la formation de jeunes sans diplômes, avec 75.000 formations à temps plein, et 120.000 emplois en alternance du secteur marchand.

Julien Marion