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Ce que l'Etat peut économiser en supprimant le redoublement

Le redoublement coûte environ 2 milliards par an aux finances publiques

Le redoublement coûte environ 2 milliards par an aux finances publiques - Frederik Florin - AFP

Najat Vallaud-Belkacem a annoncé ce mercredi 30 septembre la quasi-suppression du redoublement. Une mesure qui pourrait faire économiser jusqu'à 2 milliards d'euros par an. Mais seulement au bout de 12 ans.

L'utilité du redoublement a toujours fait l'objet de nombreux débat. Dès 2007, la Cour des comptes tirait dessus à boulet rouge en proposant de le supprimer. Et ce mercredi 30 septembre, la ministre de l'Education nationale semble bel et bien avoir sonné le glas de ce dispositif. Invitée de BFMTV-RMC, Najat Vallaud-Belkacem a ainsi indiqué qu'"il n'y aurait plus besoin de redoublement" avec son nouveau système d'évaluation des élèves. Ils seront réservés à des situations exceptionnelles, comme l'absentéisme répété. 

Cela revient de facto à quasiment supprimer le redoublement. Sur le plan pédagogique, la question divise experts et politiques. "Aucun consensus ne se dégage qui permettrait d'affirmer que les redoublements sont négatifs ou positifs. En revanche, il est certain que le coût d'une année redoublée est énorme", fait valoir Julien Grenet, chercheur à l'Ecole économie de Paris et directeur adjoint de l'Institut des politiques publiques.

Ce dernier a publié en janvier dernier, avec sa collègue Asma Benhenda, un rapport qui évalue le coût total du redoublement à 2 milliards d'euros pour le budget du ministère de l'Education (sur un total de 65 milliards d'euros). Une estimation un peu plus élevée que celle effectuée trois ans auparavant par le Cnesco (conseil national d'évaluation du système scolaire). Selon ses experts, les élèves redoublants généraient un surcoût pour l'Education nationale de 1,6 milliard d'euros.

900 millions d'euros au lycée

Dans ces deux estimations, ce sont les redoublements au lycée qui coûtent le plus cher à l'Etat. Julien Grenet évoque le chiffre de 900 millions d'euros contre 500 à l'école primaire et 600 millions au collège. A partir de la seconde, la scolarité d'un élève devient en effet nettement plus coûteuse. De 6.200 euros par an dans le primaire, elle passe à 8.240 euros au collège puis à 10.960 euros dans un lycée général et technologique, voire 12.210 euros pour les élèves des lycées professionnels, selon le document Repères et références statistiques de l'Education nationale.

Pourquoi? Principalement en raison des "différences de statut et de rémunération des personnels enseignants, mais aussi au nombre d’élèves plus faible par classe dans le premier cycle et le second cycle professionnel que dans le second cycle général et technologique" explique le ministère dans ce document. Par ailleurs, les lycées d'enseignement général et technologique "requièrent également des dépenses de fonctionnement matériel et d'investissement plus importantes que l'enseignement général", peut-on également lire.

Mais attention, les 2 milliards évoqués par cet expert ne seraient pas gagnés immédiatement. Selon l'étude d'Asma Benhenda et Julien Grenet, la mesure ne générerait en fait aucune économie la première année. Au contraire, elle coûterait même 20 millions d'euros l'an prochain, date de sa mis en oeuvre. Elle ne se traduirait par des économies tangibles qu'à partir de 2018 (pour 237 millions d'euros) et n'atteindrait son plein effet qu'en 2028 avec, donc, 2 milliards d'euros d'économisés.

Un "effet pervers"

Comment expliquer ce décalage de douze ans? "En fait, il y a un effet pervers: sur le court terme, on accélère la progression des élèves dans des classes où le coût de la scolarité est plus élevé", indique Julien Grenet. Ce qui explique le surcoût de 20 millions d'euros, la première année.

De l'autre côté, les élèves qui ne redoublent pas au début de leur scolarité (CP, CE1) ne coûte pas moins chers tout de suite. "Imaginons, pour faire simple, qu'on interdise simplement le redoublement en CP. Ce qui va se passer c'est que l'on va, certes, économiser une année de CP pour les redoublants. Mais ils vont en fait coûter une année de CE1 en plus. Ce n'est que lorsqu'ils sortiront du système scolaire, que l'économie pourra être effectivement réalisée", décrypte Julien Grenet. Autrement dit, douze ans, si l'enfant va jusqu'au baccalauréat (et qu'il le réussit).

Dans tous les cas, l'Etat devrait alors s'adapter. Avec l'absence du redoublement, il va y avoir pendant une phase transitoire "une bosse démographique" au collège puis au lycée. "Ce qui suppose une bonne gestion des ressources humaines dans l'Education nationale", souligne Julien Grenet.

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Reste par ailleurs à savoir que faire de ces 2 milliards d'euros, une fois le rythme de croisière atteint. L'institut des politiques publiques propose de les utiliser pour réduire les effectifs des classes primaires, réputées plus sensibles. L'objectif est de faire passer ces classes de 23 élèves (en moyenne) à 17,5.

Or une étude publiée en 2006 par les économistes Thomas Piketty et Mathieu Valdenaire montrait que réduire les classes en ZEP de cinq élèves permet de réduire l'inégalité scolaire de 46%. Autre piste: financer des "écoles d'été" qui se consacrerait aux élèves en difficulté.

Quel est la classe où l'on redouble le plus?

Dans l'enseignement général et technologique, on distingue six classes particulièrement tendues: les deux premières années de primaires (CP et CE1), la troisième où l'on obtient le diplôme du brevet, la seconde, classe la plus redoublée, ainsi que la première et la terminale.

Taux de redoublement (2013):

CP: 3%

CE1: 3,3%

CE2: 1,5%

CM1: 0,9%

CM2: 1%

6e: 2,2%

5e: 1,3%

4e: 1,8%

3e: 3,4%

2nde: 7,4%

1ère: 4,1%

Terminale: 5,7%

Source: Repères et références statistiques 2015