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2.000 milliards d'euros de dette: est-ce grave?

La France a fait défaut en 1797.

La France a fait défaut en 1797. - Loic Venance - AFP

La dette publique a passé un seuil symbolique. Néanmoins, la France a peu de risque de faire défaut.

C'est un symbole. La dette de la France vient de franchir la barre des 2.000 milliards d'euros, selon l'Insee ce 30 septembre. Cette dette pèse maintenant 95,1% du PIB. Cette hausse semble inéluctable. C'est deux fois plus qu'il y a 10 ans !

Les premiers à avoir sonné l'alerte, ce sont Thierry Breton et Michel Pébereau dans un rapport en 2005, où déjà ils prévenaient que sans mesures fortes de réduction de déficit, la dette allait s'emballer.

Aujourd'hui, ce niveau très symbolique des 2.000 milliards d'euros vient d'être franchi, mais ce n'est pas une surprise.

Pourquoi cela ne surprend personne?

Avec la chute de Lehman Brother en 2008, la France a dû absorber un choc financier sans précédent depuis 1929, et prendre à son compte une partie des dettes des banques. Aujourd'hui, on traverse une période de faible croissance et faible inflation. Et la priorité politique va clairement à la relance, et non à la réduction drastique des déficits.

Les conditions ne sont pas réunies pour envisager ne serait-ce qu'une stabilisation de la dette de la France qui ne fait que progresser. Maintenant la dette n'est pas non plus condamnée à augmenter. L'Allemagne, par exemple, a réussi à entamer un cercle de désendettement.

Et faut-il s'en inquiéter ?

Même si le chiffre est impressionnant, la France a peu de chance de faire défaut. La dernière fois qu'elle a fait faillite, c'était en 1797. La banqueroute des 2/3, sous le Directoire. Et aujourd'hui, 216 ans plus tard, pas grand monde ne croit à une nouvelle faillite. Malgré les énormes secousses que nous venons de traverser, la France, avec l'Allemagne, reste une valeur refuge.

Nous n'avons d'ailleurs jamais emprunté à des taux aussi bas. Mais c'est aussi sur ce point précis qu'il faut rester très vigilent. Car à ce niveau phénoménal de dette, la moindre remontée des taux d'intérêts se paie en milliards d'euros. La charge de la dette est d'ailleurs devenue aujourd'hui un des premiers postes de dépense publique. Il faut savoir que toute l'année, chaque jeudi matin, l'Agence France Trésor émet de la dette.

Elle lève, au nom de la France, de l'argent sur les marchés, pour financer les administrations, les politiques publiques, rembourser les déficits. En 2013, elle a émis par exemple pas loin de 190 milliards d'euros. Ce que craint donc un spécialiste budgétaire de l'opposition, c'est qu'en 2015, la France emprunte 220 à 230 milliards. Ce qui ferait d'elle le premier emprunteur en euro.

Mathieu Jolivet