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Fillon est-il plus proche de Thatcher ou de Schröder?

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Régulièrement associé à l’ex-"Dame de fer" britannique, le favori de la primaire à droite assure que son programme économique comporte de fortes similitudes avec celui de l'ex-chancelier social-démocrate qui a redressé l'économie allemande. Vrai ou faux?

Renaud, qui chantait tout haut son rêve de se changer en chien et de "s’offrir" Margaret Thatcher comme réverbère, a dû bondir en découvrant la une de Libération, mardi 22 novembre. Lui qui, voici quelques mois, a apporté son soutien à… François Fillon.

Depuis sa surprenante –et fulgurante– ascension dans l’opinion, qui en fait désormais le favori de la primaire de la droite et du centre, l’ancien Premier ministre est en effet régulièrement associé à la Dame de fer décédée en avril 2013.

Le député de Paris n’a d’ailleurs jamais caché une certaine admiration pour celle qui dirigea le Royaume-Uni de 1979 à 1990. 24 ans après son départ de Downing Street, François Fillon assurait ainsi regretter que la France n’ait "jamais connu une révolution thatcherienne". Et son programme s’inspire clairement des mesures prises par cette conservatrice connue aussi pour avoir toujours nourri une méfiance non feinte envers les "élites" et les "intellectuels".

"L’État pour serviteur et non comme maître"

Comme Margaret Thatcher, François Fillon prône une idéologie conservatrice, agrémentée d’une politique économique libérale. Comme elle, l’ancien "collaborateur" de Nicolas Sarkozy veut frapper vite et fort, en actant une forte baisse d’impôts pour les entreprises et les particuliers les plus riches (suppression de l’ISF, relèvement du plafond du quotient familial). Avec parallèlement une augmentation de la TVA qui, elle, concernera tous les ménages.

À l’instar de son modèle, qui engagea une vague de privatisations dès son arrivée au pouvoir, François Fillon compte également se retirer de certaines entreprises publiques. Et d’une manière plus générale, recentrer le rôle de l’État sur ses missions régaliennes -en renforçant par ailleurs son autorité. Les citoyens doivent avoir "l’État pour serviteur et non comme maître", disait Thatcher.

"Schröder, Renzi, ou Blair"

La liberté accrue accordée aux entreprises, notamment pour fixer le temps de travail de leurs employés, colle parfaitement avec cette philosophie, et fait logiquement partie intégrante du dispositif filloniste.

À ce sujet, c’est pourtant de Gerhard Schröder, chancelier de 1998 à 2005 et père de la réforme du droit du travail allemand, que se réclame le candidat Fillon –ce qui lui fait un point commun avec François Hollande. Une idée qui ne date pas d’hier. "Tandis qu’en Allemagne Gerhard Schröder lançait son “agenda 2010” (en 2003, ndlr), nous ajustions à la marge notre système économique et social", confiait-il récemment au Monde en évoquant le bilan de Jacques Chirac.

Le candidat en a d’ailleurs remis une couche au lendemain du premier tour de la primaire, invoquant des méthodes "utilisées avec succès par nos voisins, souvent par la gauche d'ailleurs... La diminution de la dépense publique, la souplesse du travail, ce sont des méthodes de Schröder, Renzi, ou Blair".

"Je suis prêt aux tensions"

Insistant sur sa volonté réformatrice, François Fillon aura cependant fort à faire pour faire adopter ces mesures. Avec le risque, prévisible, d’une importante contestation sociale, initiée par les syndicats. Margaret Thatcher s’était montrée inflexible face à ces derniers, souvent au prix d’une répression violente des mouvements de grève et d’un fort recul des droits sociaux des salariés. Tandis que Gerhard Schröder avait, lui, pu finalement trouver un consensus avec les syndicats.

Le candidat Fillon semble, lui, avoir choisi la solution britannique: "Les compromis sociaux débouchent sur des impasses. Je suis prêt aux tensions, je pense qu’elles sont nécessaires", affirmait-il ainsi en juin dernier.

Fillon aura-t-il le temps? 

Reste à savoir si les mêmes politiques produiront les mêmes effets. Pour rappel, bien qu'efficaces, les réformes Schröder avaient scellé le sort politique du dirigeant, laissant à Angela Merkel le soin de récolter leurs fruits. 

Le thatchérisme, lui, avait eu pour effet immédiat de faire exploser le taux de chômage, de 5,5% en 1979 à 11,6% en 1986. Il n’était retombé qu’ensuite, pour atteindre 6,9% en 1990.

Pas sûr, dans ce cas de figure, que les Français ne renouvellent leur confiance à François Fillon à la fin de son premier mandat. Une confiance dont avait bénéficié Margaret Thatcher uniquement grâce à sa campagne victorieuse lors de la guerre des Malouines. 

Il convient d'ajouter également qu'au Royaume-Uni, comme dans une certaine mesure en Allemagne, les réformes effectuées ont eu pour effet de creuser les inégalités sociales. C'est d'ailleurs l'un des principaux angles d'attaque d'Alain Juppé, qui espère ainsi convaincre une majorité des électeurs du deuxième tour de la Primaire de le préférer à François Fillon.