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Draghi redonne de l'oxygène aux banques grecques

Mario Draghi a créé une effet de surprise ce jeudi.

Mario Draghi a créé une effet de surprise ce jeudi. - Daniel Roland - AFP

Le président de la BCE a annoncé ce jeudi un relèvement du plafond des prêts d'urgence aux banques grecques, ce qui devrait leur permettre de rouvrir prochainement. Il a également profité de l'occasion pour répondre aux critiques.

Mario Draghi a eu l'occasion de mettre les points sur les "i" ce jeudi 16 juillet. Depuis plusieurs semaines, nombre d'observateurs ont critiqué le "laxisme" de la Banque centrale européenne et de son président "Super Mario" vis-à-vis de la Grèce.

Dans leur rang figurait ni plus ni moins que Jens Weidmann, l'influent président de la Bundesbank, la Banque centrale allemande, et porte-parole des "faucons", c'est-à-dire ceux qui prônent une ligne dure et sévère envers Athènes. Le 9 juillet dernier il appelait ainsi la BCE, dont il est membre du conseil des gouverneurs, à arrêter de financer Athènes.

Mais ce jeudi, Mario Draghi l'a clairement renvoyé dans ses cordes. Pour rappel, la pomme de discorde est l'ELA (Emergency Liquidity Assistance) c'est-à-dire les prêts d'urgence qui maintiennent en vie depuis plusieurs semaines l'ensemble des banques grecques. Et couper ce robinet, comme le réclament "les faucons", serait revenu "indirectement à faire sortir la Grèce de la zone euro via un assèchement progressif des liquidités", expliquait le 6 juillet dernier à BFMbusiness.com l'économiste de Natixis Alan Lemangnen.

Une annonce qui devrait réjouir Athènes 

Or, Mario Draghi ne voulait pas assumer cette décision que les gouvernements refusaient eux-mêmes de prendre. "Ceux qui nous disent de couper l'ELA vont contre notre mandat", a-t-il ainsi assuré, en allusion aux propos de Jens Weidmann, car "ce n'est pas à la BCE de dire qui doit être un membre de la zone euro ou non".

Au contraire, "Super Mario" a fait une annonce qui devrait réjouir Athènes. Il a indiqué que la BCE a décidé de relever un tout petit peu le plafond de l'ELA, de 900 millions d'euros, pour le porter à 90 milliards d'euros. Une décision que Mario Draghi a justifiée en expliquant qu'"un accord se dessine" et qu'il y a donc "des éléments nouveaux" qui motivait cette action.

En d'autres termes, la BCE redonne un peu d'oxygène aux banques grecques pour leur permettre de répondre aux demandes de retraits des ménages et des entreprises. Ce qui devrait permettre aux établissements helléniques de rouvrir leurs portes, fermées depuis plus de deux semaines.

"Une très bonne surprise"

Certes, 900 millions d'euros ce n'est pas grand-chose. Mais Mario Draghi a précisé que ce montant correspond aux besoins des banques grecques pour "une semaine". Et "si les choses évoluent de façon aussi positive que depuis 48 heures", la BCE pourra aller plus loin et apporter autant de liquidités que l'économie grecque a besoin, a-t-il ajouté.

Pour Frederik Ducrozet économiste zone euro chez Crédit Agricole CIB, interrogé sur BFM Business, l'annonce de Mario Draghi "est une très bonne surprise en terme de timing, c'est le type de signal qu'il fallait espérer". Il considère qu'"on peut imaginer une hausse de même ampleur la semaine prochaine".

Selon Frederik Ducrozet, le président de la BCE a appuyé sa décision en prenant en compte la décision de l'Eurogroupe (réunion des ministres des Finances de la zone euro). En effet, au moment même où Mario Draghi parlait, l'Eurogroupe publiait un communiqué pour dire qu'ils autorisaient l'ouverture des négociations pour un troisième plan d'aide à la Grèce. "Ce n'est évidemment pas un hasard", souligne Frederik Ducrozet, "c'est l'Eurogroupe qui fait autorité".

Une façon de rappeler que si la BCE a fait beaucoup pour la Grèce, elle ne peut tout régler ni se substituer au rôle joué par les gouvernements.