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Dépénalisation du cannabis: L'Etat passerait à côté d'un milliard de recettes

Vincent Peillon a fait renaître la polémique sur le cannabis en se prononçant pour un débat sur sa dépénalisation.

Vincent Peillon a fait renaître la polémique sur le cannabis en se prononçant pour un débat sur sa dépénalisation. - -

Si la dépénalisation du cannabis ne semble plus à l'ordre du jour depuis la mise au point du Premier ministre ce 15 octobre, celle-ci revêtirait toutefois certains attraits économiques...

Comme d’habitude, un politique s’est risqué à proposer un débat sur la dépénalisation du cannabis. Vincent Peillon, en l’occurrence. Comme d’habitude, cette sortie s’est accompagnée d’un tollé à droite, et d’un silence gêné à gauche. Et comme d’habitude, Jean-Marc Ayrault a dû confirmer que la dépénalisation n’aurait pas lieu. Pourtant, les arguments économiques en sa faveur existent bel et bien, selon une étude menée par Pierre Kopp, professeur à l’université Paris 1. D'après lui, l’Etat passe à côté d’une manne d’un milliard d’euros de recettes fiscales. Sans compter les 300 millions d’euros dépensés pour interpeller quelque 80 000 individus par an. Et sans compter les frais de justice, de garde à vue, etc. En pleine crise économique, cela expliquerait pourquoi l’idée revient sur le tapis...

D’autant que, selon le chercheur, "légaliser ne conduirait pas à une explosion de la consommation si la taxe fixée par l'Etat permettait de maintenir le prix actuel (environ 5,50 euros le gramme). Le prix est la variable essentielle: s'il était trop élevé, cela susciterait du trafic. S'il était trop bas, la consommation pourrait se développer. Il devrait en fait être un peu plus élevé qu'aujourd'hui pour compenser la disparition du risque que comporte l'achat (vol par le dealer, interpellation par la police, etc.)". Ce qui reste à prouver évidemment.

Gauche et droite dos à dos

L’ancien ministre de l’Intérieur Daniel Vaillant a depuis longtemps pris position sur la question. Il prône même jusqu'à une légalisation du cannabis. Pour lui, les économies dégagées pourraient servir à la prévention… contre le cannabis.

En outre, une légalisation comporterait un avantage en termes de santé: "Un cannabis vendu moins cher aux consommateurs, de meilleure qualité donc moins nocif. Cela ferait des économies en matière de santé." Sans oublier, bien sûr, le démantèlement d’une économie parallèle.

De l’autre côté de l’échiquier politique, par contre, l’argument ne passe pas. "Je suis contre car c’est un signal en faveur d’une banalisation d’une drogue", avance le député UMP Michel Piron. Et lorsque le point de vue économique est mis en avant, l’élu sort de ses gonds: "Si c’est une question d’argent, n’allez pas me dire qu’une nation comme la France n’est pas capable de débloquer des fonds pour résoudre le problème! On marche sur la tête, on va prendre l’argent de la drogue pour lutter contre la drogue!".

Yann Duvert