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Croissance, déficit, impôts: où va la France selon Bercy

Il s'agit du dernier exercice de prévision du quinquennat Hollande

Il s'agit du dernier exercice de prévision du quinquennat Hollande - Philippe Desmazes - AFP

Dans le programme de stabilité publié mercredi, le gouvernement, à quelques semaines de la fin du quinquennat Hollande, s'est livré à son dernier exercice de prévision, pour la période allant de 2017 à 2020.

Lorsque le prochain (ou la prochaine) locataire de l'Élysée prendra ses fonctions en mai, l'économie sera en bon ordre de marche. C'est en quelque sorte le message implicite de l'exécutif dans le programme de stabilité publié mercredi, un mois avant la fin de la présidence Hollande (officiellement le 14 mai prochain).

Dans ce document, exigé chaque printemps par la Commission européenne, Bercy se livre pour la dernière fois de l'ère Hollande au périlleux exercice des prévisions, qui ne lui a pas souvent réussi.

Ainsi le document trace l'évolution des grands indicateurs économiques pour les quatre prochaines années. Évidemment, la prévision est remplie d'incertitudes autour de nombreux paramètres (changes, pétrole, taux d'emprunt, etc). Et, de plus, les projections de Bercy ont été construites en supposant que la prochaine équipe au pouvoir "s'inscrive dans la continuité de l'action du Gouvernement en matière de redressement de l'économie française et d'assainissement des comptes publics". "Sans préempter les choix politiques à venir, cet exercice constitue une trajectoire de référence sur laquelle chacun pourra s’appuyer pour construire sa propre politique budgétaire et formuler ses choix", poursuivent les auteurs du document. Voici donc en quoi consiste cette trajectoire.

> Une croissance de plus en plus forte

Le programme de stabilité table sur une croissance de 1,5% en 2017 et 2018, 1,6% en 2019 et 1,7% en 2020. Si, pour 2017, les récents signaux positifs que montre l'économie française en ce début d'année rendent la cible atteignable, il est évidemment moins aisé de se prononcer pour la suite. Le Haut Conseil aux Finances publiques, un organe composé d'économistes et chargé d'évaluer le sérieux des prévisions gouvernementales, juge que cette trajectoire est "plus prudente (que celle formulée l'an dernier) et peut constituer une base raisonnable pour la construction de trajectoire des finances publiques".

Néanmoins, le Haut Conseil souligne une faille dans la prévision. Dans sa trajectoire, Bercy considère que l'écart de production de la France se résorberait. Ce qui veut dire que la différence entre le PIB réel et le PIB dit "potentiel" (le PIB de long terme d'un pays, lorsqu'il ne subit aucun choc lié à la conjoncture) se réduirait. Or le Haut Conseil souligne que cet écart est vraisemblablement surestimé en 2017: Bercy l'évalue pour 2017 à 3,1%, le FMI à 1,8% et la Commission européenne à 1,3%.

> Un déficit qui se rapprocherait de l'équilibre

À en croire les prévisions de Bercy, il suffirait de continuer sur la lancée de la politique menée par François Hollande pour résorber le déficit. De 2,8% en 2017, il passerait ainsi à 1,3% en 2020.

Seulement, dans ce scénario, le gouvernement considère que le déficit structurel (le déficit qui n'est pas dû à la conjoncture) se réduirait et tomberait même à 0 dès 2019. Une hypothèse remise en cause par le Haut Conseil aux Finances Publiques, car le gouvernement sous-estime la part structurelle du déficit (1,5% contre 2,5% pour la Commission européenne), ce qui le conduit à "minimiser" les efforts à accomplir, juge le Haut Conseil.

> Des impôts et taxes qui ponctionneraient moins l'économie

Dans le scénario de Bercy, aussi bien la dépense publique que la pression fiscale diminueraient. Le ratio dépenses publiques/PIB passerait de 54,3% en 2017 à 51,9% en 2020. Le taux de prélèvements obligatoires (l'ensemble des charges, impôts et contributions prélevés sur les ménages et entreprises) passerait lui de 44,3 à 43,3% sur la même période. Enfin la dette s'allégerait: de 96% du PIB, elle passerait à 93,1%.

Ce qu'aurait été le déficit si Hollande n'avait (vraiment) rien fait

Le programme de stabilité présenté par l'exécutif comporte aussi une estimation du déficit public si le gouvernement n'avait pas pris de mesures nouvelles depuis mai 2012, et l'élection donc de François Hollande. Voici la comparaison.

Sans mesure Sous Hollande

2012 -5,6% -4,8%

2013 -6,3% -4,0%

2014 -6,9% -3,9%

2015 -7,1% -3,6%

2016 -7,1% -3,4%

2017 -6,8% -2,8%

2018 -6,7% -2,3%

Julien Marion