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Construction de logements : le choc est là... mais pas l'offre !

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Au premier trimestre, les permis de construire et les mises en chantier ont continué de reculer. La baisse est certes un peu moins forte qu'au trimestre précédent pour autant la production de logements n'a cessé de se dégrader depuis près d'un an et demi et la promesse d'un choc d'offre.

C'est ce qu'on appelle l'ironie de l'histoire. Car c'est précisément depuis que le gouvernement a dévoilé sa stratégie logement et son ambition de créer un véritable « choc d'offre » que le marché de la construction s'est retourné. L'élan repris en 2016 s'est coupé net à l'automne 2017 avec le début du débat budgétaire pour l'année suivante. Il suffit de regarder l'évolution des mises en chantier et des permis de construire à travers la courbe du ministère de la Cohésion des Territoires.

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La production de logements reste orientée à la baisse depuis près d'un an et demi maintenant. Et la situation est loin de s'améliorer. Certes la baisse est moins forte qu'en fin d'année dernière mais au premier trimestre les mises en chantier ont encore reculé de 7,8% par rapport à la même période un an plus tôt. Pire, les permis de construire, qui donnent le pouls de ce que sera l'activité ces prochains mois, ont baissé de 8,9% sur un an. 

La baisse des aides à l'achat

Cette baisse de la production de nouveaux logements est d'abord liée à la réduction des aides à l'achat. Le rabotage du Prêt à Taux Zéro (PTZ) a été particulièrement douloureux pour les constructeurs de maisons. Un peu plus de 87.000 PTZ ont été enregistrés l'an dernier contre 123.000 en 2017 soit 36.000 de moins en un an. La suppression de l'APL accession a également plombé les chiffres de la construction. Cette aide à l'achat bénéficiait aux plus modestes. Sans elle, beaucoup ne peuvent plus accéder au crédit et donc mener à terme leurs projets immobiliers.

Les efforts demandés au monde HLM

Il y a aussi le logement collectif. Là aussi les chiffres sont mauvais. Et là aussi les décisions du gouvernement y sont pour beaucoup. La baisse couplée des APL et des loyers dans le parc social a lourdement pénalisé le monde HLM. En coupant fortement dans les ressources des bailleurs sociaux, l'exécutif en a contraint beaucoup à suspendre les projets. Compte tenu de l'obligation d'inclure une part de logement social dans les opérations sur la plupart du territoire, c'est toute la chaîne de production qui a été impactée. Au point d'ailleurs de forcer le gouvernement à alléger un peu la facture du monde HLM.

Le coup de frein traditionnel à l'approche des municipales

Malgré cela les perspectives ne sont guère meilleures. D'abord les efforts demandés aux bailleurs sociaux restent considérables. Ensuite, les aides à l'achat et en particulier le Prêt à Taux Zéro, doivent de nouveau être rabotées l'an prochain. Mais surtout, en plus des décisions de l'exécutif, nous entrons dans une période traditionnellement mauvaise pour la production de logements. L'approche des élections municipales incite de nombreux maires à lever le pied sur les permis de construire.

Les prévisions de la Fédération Française du Bâtiment montrent bien le climat qui règne en ce moment dans la construction.

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De nouvelles inquiétudes pour l'emploi dans le bâtiment

Le bâtiment s'attend ainsi à un recul de son activité en 2019 après trois années de reprise. Certes le secteur continue d'embaucher mais de moins en moins. Entre 2017 et 2018, la Fédération Française du Bâtiment a comptabilisé 51.000 nouveaux postes. Face aux incertitudes, elle ne table plus que sur 5.000 créations d'emplois cette année (dont 3.000 salariés). « Le tassement ressort donc net », disait il y a encore quelques semaines Jacques Chanut, le président de la FFB. Il rappelait aussi au passage qu'on était toujours très loin de compenser les 183.000 emplois perdus entre 2008 et 2016. 

Marie Coeurderoy