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Concertation prudente avec les fonctionnaires sur les retraites

Le ministre du Travail a voulu éviter jeudi de braquer les syndicats de fonctionnaires en leur exposant les enjeux de la future réforme des retraites, sans dire quelles évolutions il souhaitait pour la fonction publique. /Photo d'archives/REUTERS/Kirsten

Le ministre du Travail a voulu éviter jeudi de braquer les syndicats de fonctionnaires en leur exposant les enjeux de la future réforme des retraites, sans dire quelles évolutions il souhaitait pour la fonction publique. /Photo d'archives/REUTERS/Kirsten - -

PARIS - Le ministre du Travail a voulu éviter jeudi de braquer les syndicats de fonctionnaires en leur exposant les enjeux de la future réforme des...

par Jean-Baptiste Vey

PARIS (Reuters) - Le ministre du Travail a voulu éviter jeudi de braquer les syndicats de fonctionnaires en leur exposant les enjeux de la future réforme des retraites, sans dire quelles évolutions il souhaitait pour la fonction publique.

Eric Woerth et le secrétaire d'Etat à la Fonction publique, Georges Tron, ont voulu amorcer un dialogue, tout en réaffirmant leur volonté de juguler les déficits des retraites, ont dit à des journalistes les responsables syndicaux reçus jeudi.

"Le ministre n'a pas avancé de propositions et n'a pas donné de signes", a déclaré Bernadette Groison, secrétaire générale de la FSU, le premier syndicat de la fonction publique d'Etat.

"Nous ne savons pas exactement sur quoi porteront les négociations", a-t-elle ajouté, en soulignant qu'Eric Woerth avait assuré que rien n'était encore tranché.

Selon Elisabeth David, de l'Unsa, "on n'a pas senti une volonté délibérée de tomber sur le dos des fonctionnaires".

Charles Bonissol (CGC) a déclaré pour sa part qu'"il n'y a rien sur la table côté gouvernement", pour l'instant.

Eric Woerth a proposé d'autres rencontres bilatérales avant le 15 mai, date autour de laquelle il compte proposer plusieurs options pour la réforme, a précisé le représentant des cadres.

FSU, Unsa et CFDT ont réaffirmé leur opposition à une remise en cause du mode de calcul des retraites, en particulier le calcul des pensions des fonctionnaires sur les six derniers mois de salaire, contre les 25 meilleures années dans le privé.

"La règle des six mois, c'est non, on n'y touche pas" dans un calendrier de discussion aussi serré, a dit Brigitte Jumel, de l'Uffa-CFDT Fonction publique.

La CGC a conditionné un débat sur ce point à l'inclusion, dans le calcul des pensions, des primes, qui peuvent représenter jusqu'à la moitié de la rémunération de certains fonctionnaires.

"Nous n'excluons a priori aucune marge de manoeuvre, sachant que pour lâcher les six derniers mois, il faudra que le gouvernement mette beaucoup sur la table", a dit Charles Bonissol.

CONSERVER LES 60 ANS

Comme la quasi totalité des syndicats de salariés, FSU, Unsa, CFDT et CGC s'opposent à une remise en cause de l'âge légal de départ à la retraite à 60 ans, que le gouvernement considère comme une piste pour la future réforme.

"D'un point de vue budgétaire, c'est insignifiant par rapport à la colère que ca va générer pour tous nos collègues. Le jeu n'en vaut pas la chandelle", a dit Charles Bonissol.

Le ministre du Travail a promis ces derniers jours que les différences entre le public et le privé ne seraient pas effacées même si les fonctionnaires devraient faire "des efforts" au nom de l'équité et du rapprochement entre les différents systèmes.

"Qu'il y ait des règles différenciées n'est pas en soi choquant. Ce qui compte, c'est de bien regarder si elles sont bien d'actualité, si elles sont équitables", a-t-il déclaré jeudi à l'issue des rencontres avec les syndicats.

"Mon obsession c'est la justice dans cette réforme", a-t-il ajouté.

Pour Elisabeth David (Unsa), "l'équité public-privé ça ne veut rien dire" car "les systèmes sont complètement différents".

"Si on veut que les choses se ressemblent, il faut vraiment tout revoir de fond en comble et là, c'est pas en deux-trois mois qu'on peut régler les choses", a-t-elle ajouté.

Eric Woerth veut présenter la réforme en septembre au Parlement.

Les représentants des fonctionnaires CGT, FO et CFTC seront reçus lundi, et ceux de Solidaires mardi.

Le lancement de la concertation la semaine dernière avec les syndicats du privé a mis en lumière la vive opposition entre le gouvernement, le patronat et les syndicats sur la nécessité, affirmée par les deux premiers, de travailler plus longtemps pour financer les besoins croissant des régimes de retraite.

Si aucune réforme n'est menée, le Conseil d'orientation des retraites estime en effet que le déficit des régimes passera d'environ 30 milliards d'euros cette année à environ 40 en 2015 et jusqu'à 114 milliards par an en 2050.

La France compte quelque 5,2 millions de fonctionnaires, soit environ un salarié sur cinq dans le pays.

Jean-Baptiste Vey, édité par Yves Clarisse