BFM Business

Comment l'Allemagne a gagné 2,9 milliards d'euros grâce à la crise grecque

La chancelière allemande Angela Merkel et le Premier ministre grecque Alexis Tsipras.

La chancelière allemande Angela Merkel et le Premier ministre grecque Alexis Tsipras. - François Lenoir - Pool - AFP

Le programme de rachat de dette grecque, pour sauver Athènes de la faillite en 2010, a depuis rapporté des milliards d'euros d'intérêts à l'Allemagne. Berlin est censé les reverser à la Grèce, mais ces transferts sont gelés depuis juin 2015.

L'Allemagne a conservé 2,9 milliards d'euros d'intérêts réalisés depuis 2010 sur les obligations grecques achetées pour alléger la dette du pays, selon un rapport parlementaire dont l'AFP a obtenu copie.

Mené de 2010 à 2011 lorsque la Grèce commençait à être violemment attaquée par les marchés, le programme de rachat de dette grecque, le "SMP", a rapporté à fin 2017 3,4 milliards d'euros d'intérêts à la Bundesbank, grande acheteuse de ces titres à côté d'autres banques centrales en zone euro, selon le courrier envoyé le 23 mai par le ministère des Finances allemand à Sven-Christian Kindner, député du parti des Verts.

Les transferts vers la Grèce gelés depuis juin 2015

L'Eurogroupe avait décidé en février 2012 que ces intérêts perçus sur la dette grecque seraient reversés au pays, en le faisant transiter par le mécanisme de sauvetage en zone euro, le MES.

La Bundesbank a ainsi rétrocédé pour 527 millions d'euros d'intérêts en 2013, puis 387 millions en 2014, mais ce dernier montant est séquestré depuis au sein du MES, en faisant parti d'un total de 1,8 milliard d'euros. Cet argent, destiné à rembourser des échéances de la dette colossale du pays, ne devait être débloqué que si Athènes menait un lot de réformes attendues de ses créanciers publics.

Cet arrangement donnant-donnant a volé en éclats en juin 2015, lorsque l'Eurogroupe a décidé de geler les dits transferts de bénéfices en plein bras de fer avec le Premier ministre grec Alexis Tsipras.

Il ressort pour l'heure un bénéfice pour l'État allemand de 2,5 milliards d'euros d'intérêts sur la dette grecque dont Athènes n'a jamais vu la couleur. S'ajoutent 400 millions d'euros d'intérêts perçus au titre d'un prêt à la Grèce par la banque publique allemande KfW.

"L'Allemagne a massivement profité de la crise grecque"

"Contrairement à tous les mythes, l'Allemagne a massivement profité de la crise grecque", a réagi le député Sven-Christian Kindner, qui fustige le gouvernement allemand d'avoir assaini le budget du pays "avec des milliards de bénéfices d'intérêt grecs".

Les ministres des Finances de la zone euro vont chercher jeudi à s'entendre sur les modalités de sortie de la Grèce à compter du 20 août des programmes d'aide dont elle bénéficie depuis huit ans, dont des mesures d'allègement de sa dette, sur lesquelles ils restent divisés.

"La Grèce a tenu ses engagements et maintenant l'Eurogroupe doit tenir ses promesses", réclame le député vert. L'Eurogroupe débat depuis des mois sur la reprise du transfert des intérêts de la dette à Athènes, mais en remontant seulement au début de l'année 2017.

J.-C.C. avec AFP