BFM Business

Combien le PS pourrait tirer de la vente de son siège, rue de Solférino

Le siège du PS rue de Solférino.

Le siège du PS rue de Solférino. - Jacques Demarthon - AFP

Dans un entretien au Parisien, le trésorier du PS, Jean-François Debat, admet envisager la vente ou l'hypothèque du siège dont le parti est propriétaire depuis 1986. Cet hôtel particulier est situé dans le quartier le plus cher de Paris.

La défaite aux élections législatives va engendrer un gros manque-à-gagner pour le Parti Socialiste. Le montant des subventions publiques va, en effet, passer de 25 millions d'euros à 7 millions d'euros. "Nous subirons l'an prochain une chute considérable de nos recettes. Mais le PS a deux atouts: une dette égale à zéro et un patrimoine important qui va nous aider à amortir le choc" explique dans un entretien au Parisien, Jean-François Debat, trésorier du PS. Et de préciser qu'avec le siège du parti, situé rue de Solférino dans le VIIème arrondissement de la capitale, deux options sont possibles: "Nous pourrons le vendre ou l'hypothéquer".

Cet hôtel particulier a été acheté en 1986 53 millions de francs soit 11,3 millions d'euros d'aujourd'hui en prenant en compte l'inflation (voir plus bas). Et il vaut aujourd'hui une petite fortune. Dans cet arrondissement, les prix atteignent 19.000 euros du mètre carré et ce bâtiment s'étend sur 3000 mètres carrés. Mais selon les experts de MeilleursAgents, compte tenu des "travaux de rénovation qui pourraient être de l'ordre de 10 à 15 millions d'euros" et des dernières transactions dans le quartier, le bâtiment vaudrait 53 millions d'euros soit 17.600 euros du mètre carré. En effet, le siège du PS n'a pas été bien entretenu: l'isolation laisse à désirer et les ascenseurs sont souvent bloqués. "Même les toilettes étaient bouchées et j'ai dû les réparer moi-même" se plaignait Martine Aubry, après avoir succédé à François Hollande à la tête du PS.

Le site SeLoger juge l'estimation de MeilleursAgents beaucoup trop optimiste. En effet, ce bâtiment est un immeuble de bureaux. En se basant sur les statistiques d'ImmoStat, le siège du PS vaudrait un peu plus de 23 millions d'euros (7798 euros du mètre carré au deuxième trimestre 2017). Évidemment, il s'agit de données brutes, qui ne prennent en compte ni l'histoire, ni le charme des lieux. 

"Solfé" de nombreuses fois au coeur de l'actualité

Le 10 rue de Solférino a souvent été au cœur de l'actualité. Le bâtiment a été acheté en 1981 par la mutuelle UMRIFEN (mutuelle de retraite des instituteurs et fonctionnaires de l'Éducation nationale) une mutuelle proche du PS, pour 17 millions de francs. Un marchand de biens à l'époque, Jean-Marc Collard, affirmait en avoir proposé, en vain, 40 millions de francs. Les vendeurs, trois syndicats (FEN, CGT et FO), auraient donc fait un cadeau à l'Umrifen. Selon article du Parisien de 2002 la FEN entretenait "des liens étroits avec la mutuelle des retraités."

Cette mutuelle avait ensuite loué "Solfé" au PS pour un loyer annuel de 3 millions de francs. Mais le parti peine à payer son dû au propriétaire et se plaint de charges trop lourdes, selon un autre article du Parisien. Le PS décide donc de l'acheter, en 1986, pour 53 millions de francs. Un "prix d'ami" qui avait fait couler beaucoup d'encre à l'époque et qui avait valu à certains quelques gardes à vue, la justice craignant une sorte de financement politique indirect.

Échanger "Solfé"

En 1993, le PS subit une défaite record et doit réduire la voilure. Il tente donc de se séparer de son siège. Il en espère 150 millions de francs mais ne trouve pas d'acquéreur. Les journaux de l'époque racontent que les socialistes, acculés, essaient même d'échanger "Solfé" contre l'immeuble détenu par le Crédit Lyonnais rue Claude Bernard, occupé ensuite par Le Monde. Le PDG du Crédit Lyonnais de l'époque, Jean Peyrelevade, refuse. Le PS réussit finalement à renégocier un emprunt. Et en 1997, après la victoire aux législatives et la nomination de Lionel Jospin à Matignon, le parti sort de sa traversée du désert.

Les péripéties ne s'arrêtent néanmoins pas là. En 2008, Ségolène Royal tente de relancer la discussion sur son éventuelle vente. En vain. Plus récemment, Christian Paul, député de la Nièvre, a remis le sujet sur le tapis en déclarant: "Nous ne sommes pas assignés à résidence à Solférino. Il faut des lieux davantage en contact avec la société". Fin juin, un petit malin s'est même amusé à mettre le siège du PS en vente sur LeBonCoin. L'annonce a rapidement été supprimée, mais elle pourrait finalement être à nouveau d'actualité.

Diane Lacaze