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Chômage : la courbe ne s'est pas inversée

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Les chiffres du chômage pour décembre 2013 ont été communiqués hier vers 18h. Le résultat est sans appel : le nombre de chômeurs dits de catégorie A –c'est-à-dire sans aucune activité pendant le mois- a augmenté de 8 200. Sur un an, la hausse est de 5%.

Le chômage n'a pas baissé en décembre et pourtant, de façon assez surprenante, le communiqué de presse du ministère du travail parle d’un "net mouvement d’amélioration". Pour affirmer cela, les collaborateurs de Michel Sapin avancent que le nombre de chômeurs de catégorie A a progressé en moyenne de 2500 personnes par mois au 4e trimestre 2013, contre 33000 au 1er trimestre…Heureusement le ministère veut bien admettre "que l’inversion de la courbe du chômage pour l’ensemble des classes d’âge ne s’est pas encore réalisée".

Indépendamment des forfanteries présidentielles, la situation de l'emploi ne s'améliore pas

Non. Le nombre de chômeurs continue à augmenter. Fin 2013, ils sont 3 303 000. En un an le chômage a augmenté de 178 000 personnes, soit 5%.

Ce qui est frappant en France, c’est que la détérioration de la situation de l’emploi se porte essentiellement sur les 2 bouts de la carrière : les jeunes et ceux que l’on appelle désormais les séniors. Le nombre de chômeurs de plus de 50 ans a augmenté de 1,4% en un mois. Il y a 745 000 plus de 50 ans au chômage. En ce qui concerne les jeunes, la situation est corrigée par la multiplication des emplois aidés et des contrats d’avenir.

Si on regarde sur le plan géographique, le chômage est en train d’exploser dans l’extrême nord et l’extrême sud du pays. Les départements où le taux de chômage est le plus élevé sont par exemple l’Aisne et les Pyrénées Orientales. C'est-à-dire les zones où la désindustrialisation est forte et les zones où la population augmente compte tenu de l’attractivité notamment climatique.

Autre élément à souligner, le chômage de longue durée s’installe de plus en plus dans le paysage économique. Il y a eu une augmentation de 20 000 chômeurs de longue durée en un mois. Le chômage de longue durée a dépassé en 2013 les 40% du nombre total de chômeurs.

On peut ajouter au tableau la propension des autorités à trouver des moyens d’habiller la réalité pour en donner une vision édulcorée. On la retrouve dans le fait que les radiations administratives ont fortement augmenté. Cette politique du chiffre a toujours pour résultat de masquer la réalité sans en modifier le contenu.

Est-ce que l'on peut espérer une embellie rapide ?

C’est peu probable. La croissance est poussive et malgré les fanfaronnades de P. Gattaz sur la création d’un million d’emplois grâce aux allégements de charge, on ne voit pas pourquoi les entreprises embaucheraient dans un contexte général où les débouchés se font attendre.

Quoi qu’il en soit, une des composantes incontestables de l’économie est la confiance. En France, outre la situation générale dégradée, le mélange de déni de la réalité de nos dirigeants qui refusent d’admettre que l’éducation coûte de plus en plus cher et que le chômage réel des jeunes ne recule pas, que la formation professionnelle coûte une fortune et que le chômage des séniors explose, que le coût du travail est un paramètre mais est loin d’être le seul, et de remise en cause constante des décisions de politique économique - création puis abandon possible du CICE- crée une ambiance générale qui n’est guère propice à un retour significatif de la croissance.

Jean-Marc Daniel