BFM Business

Bruxelles refuse que le coronavirus soit "un prétexte" pour revoir les règles de la concurrence en Europe

La Commissaire européenne à la Concurrence, Margrethe Vestager.

La Commissaire européenne à la Concurrence, Margrethe Vestager. - ARIS OIKONOMOU / AFP

Margrethe Vestager, la vice-présidente exécutive de la Commission européenne a clairement balayé un assouplissement des règles concurrentielles dans l'UE pourtant réclamé par de nombreux Etats membres dont la France.

"J'ai entendu des appels pour que la Commission européenne adopte une approche plus laxiste (...) Les règles n'ont pas changé: c'est très important que la crise ne serve pas de prétexte pour approuver des fusions qui nuiraient aux consommateurs, à l'innovation".

C'est donc un message assez clair qu'a envoyé ce mardi la vice-présidente exécutive de la Commission européenne Margrethe Vestager aux partisans, notamment la France et l'Allemagne, d'un assouplissement des très sévères règles du jeu concurrentiel en Europe.

Lors d'une audition devant des parlementaires français, elle ainsi a mis en garde contre des projets de fusion d'entreprises élaborés dans l'urgence notamment pour protéger des groupes européens d'opérations hostiles de rachat.

"On ne doit pas être naïf"

"Il est encore plus vital que jamais de défendre des règles de concurrence équitable sur notre marché commun. Car nous avons besoin d'un marché unique pour récupérer rapidement et fortement", a-t-elle encore déclaré.

Tout en concédant: "On ne doit pas être naïf cependant, il en va aussi de la stature géopolitique de l'Europe". Ainsi, un livre blanc, qui sera présenté mercredi, proposera des mesures de contrôle des subventions des Etats non-européens et des distorsions qu'elles génèrent.

Pour autant, il faut rappeler que les appels à un assouplissement des règles concurrentielles ne datent pas d'hier. La France a ainsi critiqué le rejet par la Commission du rapprochement des activités ferroviaires d'Alstom et de l'allemand Siemens en février 2019. Bruno Le Maire, ministre de l'Economie avait alors parlé d'"erreur économique".

Paris et Berlin à la manoeuvre

Et en février dernier, les ministres de l'Economie de la France, de l'Allemagne, de l'Italie et de la Pologne avaient écrit à Margrethe Vestager afin d'assouplir dès cette année les règles encadrant les fusions.

On pouvait y lire que "la nature de la concurrence a changé" et que "les entreprises européennes doivent (…) faire face à des entreprises étrangères bénéficiant parfois d'aides d'Etat substantielles et de marchés domestiques protégés". Et d'appeler à une "modernisation" des règles sur les concentrations, "pour assurer une juste concurrence et introduire plus de flexibilité". Visiblement, il faudra encore patienter.

Olivier Chicheportiche avec AFP