BFM Business

Brexit: Londres et Dublin proches d'un accord sur leur frontière

-

- - CHRISTIAN HARTMANN / POOL / AFP

Le dernier obstacle à la conclusion d'un accord sur le Brexit est en passe d'être levé si l'on en croit les dernières déclarations des ministres britannique et irlandais.

"Je pense que nous sommes très près de le résoudre, j'espère fermement que nous le sommes". Des propos signés Simon Coveney, chef de la diplomatie irlandaise, en évoquant le problème de la frontière irlandaise. Des propos confirmés par David Lidington, secrétaire d'Etat auprès du cabinet de la Première ministre britannique Theresa May, qui estime que les deux parties sont proches d'une solution.

Pour l'instant les deux parties refusent d'en livrer les détails avant les rencontres multilatérales qui doivent se tenir à Bruxelles (les ministres européens de l'économie et des finances doivent notamment se rencontrer en début de semaine), mais un accord sur ce point serait un changement radical et ouvrirait enfin la voie à un accord global qui semblait encore hors de portée il y a quelques jours. Mais après l'épisode du Times de Londres et de la city, épisode qui a provoqué la colère de Theresa May, il est exclu que les déclarations sur la frontière irlandaise n'aient pas été soigneusement pesées.

Il faut dire qu'il y a urgence. Le divorce entre Londres et Bruxelles sera prononcé dans moins de 5 mois. Le 29 mars 2019 exactement, le Royaume-Uni quittera l'Union européenne, et pour le moment les négociations entre les deux parties n'ont pas encore abouti. "Une grande partie de l'accord de retrait, 80-85%, a déjà fait l'objet d'un accord", estime toutefois Michel Barnier, négociateur en chef de l'UE pour le Brexit, mais au milieu de la semaine, une source très haut placée dans les négociations à Bruxelles confiait à BFMBusiness que le problème "grave" de la frontière irlandaise "n'était pas réglé"

Le Royaume-Uni et l'Union Européenne sont en effet parvenus à s'entendre sur les droits des expatriés de part et d'autre de la Manche. Ils sont aussi tombés d'accord sur l'essentiel du "règlement financier" du divorce, soit plusieurs dizaines de milliards d'euros que devra verser Londres à l'UE. Mais si les deux parties sont parvenues à s'entendre sur la plupart des points, il reste l'épineux dossier de la frontière irlandaise.

La manière d'éviter le retour d'une frontière physique entre la province britannique d'Irlande du Nord et la République d'Irlande, afin de préserver l'accord de paix de 1998, demeure un point de désaccord majeur. Aujourd'hui, 31% des exportations nord-irlandaises vont en Irlande et près de 30 mille personnes traversent chaque jour la frontière. Avec la sortie de la Grande Bretagne de l'Union Européenne, des contrôles aux frontières seront nécessaires. Londres et Bruxelles sont d'accord sur un point: il faut éviter le rétablissement d'une frontière physique. Oui, mais comment? Leurs points de vue divergent sur la manière d'y parvenir.

Londres rejette le «backstop» proposé par l'UE

L'Union européenne propose une solution dite de "backstop" ou "filet de sécurité". Elle prévoit de maintenir l'Irlande du Nord dans l'union douanière et le marché unique si aucune autre solution n'est trouvée. Une solution rejetée par le gouvernement britannique qui estime que cela remettrait en cause l’intégrité du Royaume-Uni et de son marché. Des raisons économiques mais aussi politiques. Theresa May a besoin des voix des dix députés nord-irlandais du Parti unioniste démocrate, opposés à ce projet, pour conserver sa majorité absolue à la Chambre des communes.

La Première ministre britannique propose depuis des mois que le «backstop» s’applique à tout le Royaume-Uni (c'est à dire que les contrôles douaniers seraient faits sur le territoire britannique quelle que soit la provenance des marchandises ou quelle que soit leur destination en cas d'exportation) et soit limité dans le temps. Le Sunday Times affirme que c'est cette proposition qui serait finalement retenue, article qualifié de "pure spécuation" par un porte-parole du 10 Downing street

Le ministre britannique chargé du Brexit, Dominic Raab, a effectué ce vendredi une visite en Irlande du Nord. Il s'est montré optimiste, estimant qu'un accord sur la sortie de l'UE pourrait être scellé d'ici au 21 novembre. Il a assuré que "95% de l'accord de retrait" était désormais "réglé". Un porte-parole de Theresa May s'est lui montré plus prudent, se gardant bien de confirmer cette date du 21 novembre, et se contentant d'assurer que le gouvernement espérait trouver un accord «aussi vite que possible».

Il y a deux semaines, le Royaume-Uni se disait ouvert à une éventuelle prolongation de la période de transition post-Brexit. Une extension qui permettrait de donner un peu plus de temps à Londres et Bruxelles pour négocier leur future relation commerciale. Pour l'heure, la période de transition est prévue pour durer jusqu'à la fin 2020.

Sandrine Serais