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BCE: Draghi appelle à la "confiance" et la "patience"

Mario Draghi appelle à être patient

Mario Draghi appelle à être patient - Raigo Pajula - AFP

La Banque centrale européenne a très légèrement modifié sa communication au cours de sa réunion de politique monétaire. Mais son président a répété qu'elle pourrait très bien augmenter son programme de rachats d'actifs si nécessaire, préférant ainsi jouer la carte de la prudence.

Le moins que l'on puisse dire, c'est que la BCE avance à petit pas. La banque centrale européenne a tenu ce jeudi à Tallin, en Estonie, sa réunion de politique monétaire à l'issue de laquelle elle n'a pas bougé ses taux ni pris de nouvelles mesures.

Les investisseurs n'attendaient de toute façon aucune annonce réellement concrète mais guettaient les indices laissés par la communication de la banque centrale et de son président Mario Draghi. Et si il y a eu effectivement quelques signaux, ceux-ci ont été maigres.

Pour rappel, la Banque centrale européenne a depuis janvier 2015 lancé un vaste programme de rachats de titres sur les marchés, permettant d'injecter des milliards d'euros dans l'économie (60 milliards par mois à l'heure actuelle). Le but étant de relancer l'économie et l'inflation, alors anémique, pour qu'elle retrouve les 2% considérés comme l'idéal par la BCE.

Des indices au compte-goutte

Depuis plusieurs mois la hausse des prix est plus élevée (1,4% en mai, après 1,9% en avril), même si l'inflation dite "sous-jacente" (hors prix de l'énergie et de l'alimentation), que regarde plus précisément la BCE, reste faible (0,9%).

Ces statistiques et la reprise qui s'annonce en zone euro font que beaucoup s'attendent à ce que la BCE prépare tout doucement les esprits à une normalisation de sa politique monétaire.

Cela n'a pas été le cas ce jeudi. Même si, comme dit auparavant, l'institution européenne a commencer à infléchir sa communication. Comme le note ainsi sur Twitter l'économiste du Crédit Agricole Louis Harreau, la BCE a gommé, dans le communiqué accompagnant sa décision sur les taux, la traditionnelle mention qui suggère que les taux d'intérêt pourraient être encore abaissés à l'avenir. 

La prudence avant tout

Autre changement perçu: Mario Draghi, lorsqu'il a évoqué les perspectives sur la croissance a parlé de "risques équilibrés" et non plus "baissiers", ce pour la première fois depuis qu'il est arrivé à la tête de la banque centrale (fin 2011), comme le souligne l'économiste de Pictet AM Frederik Ducrozet.

D'ailleurs, la Banque centrale a légèrement révisé à la hausse sa prévision de croissance, de 0,1% à chaque fois pour 2017 (1,9%), 2018 (1,8%) et 2019 (1,7%).

Néanmoins, malgré cette légère inflexion dans le discours, la BCE reste prudente. Ainsi, Mario Draghi a répété qu'elle était, "si nécessaire"" prête à augmenter, que ce soit en volume ou en durée, son programme de rachats de titres, censé s'achever à la fin de l'année. "Il faut être cohérent, nous devons continuer à accompagner la reprise grâce à notre politique monétaire", a justifié l'Italien.

"Y aller à tâtons"

C'est que pour la BCE, même si la croissance prend de la vigueur en zone euro, le compte n'y est pas encore sur l'inflation. D'ailleurs la BCE a révisé à la baisse ses prévisions de hausse des prix pour la zone euro: 1,5% pour 2017 (1,7% auparavant), 1,3% pour 2018 (1,6% en mars) et 1,6% pour 2019 (1,7% auparavant).

D'où la phrase de Mario Draghi: "Nous devons être patients et nous devons avoir confiance" sur l'inflation. 

"Il y a une volonté de Mario Draghi d'y aller à tâtons de ne pas sortir trop vite de cette politique monétaire accommodante . Il y a encore le temps; l'urgence pour la BCE sera plutôt en septembre, où on aura atteint les limites en termes de rachats d'actifs, en Allemagne notamment. On devrait alors avoir des signaux plus clairs. Mais pour le moment l'objectif de Mario Draghi est de calmer les choses sur le marché", a décrypté Andrea Tueni, Sales Trader chez Saxo Banque, sur BFM Business. 
Julien Marion