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Affaire Natixis : beaucoup de bruit pour pas grand-chose ?

Natixis remonte péniblement lundi après une semaine douloureuse en Bourse

Natixis remonte péniblement lundi après une semaine douloureuse en Bourse - LOIC VENANCE / AFP

Prenez une tête d’affiche : Natixis. Ajoutez-y une problématique à la mode : le risque d’illiquidité. Saupoudrez d’une once de soupçons à l’encontre d’un partenaire financier. Et vous obtenez la recette idéale d’un scandale bancaire digne des plus grands scénarios hollywoodiens.

Sur le papier, l’affaire a de quoi faire couler beaucoup d’encre. C’est, d’ailleurs, à cause d’un article publié dans le quotidien économique britannique « Financial Times » que Natixis subit aujourd’hui des déboires boursiers significatifs. En seulement deux séances, son titre a dévissé de 14% suite à la polémique qui entoure H2O AM, l’une de ses sociétés de gestion d’actifs affiliées.

Mi-juin, la banque d'investissement de BPCE était en effet accusée de disposer de 1,4 milliard d’euros d’obligations illiquides réparties dans six fonds vedettes de H2O, notamment par le fonds Allegro. S’est suivie une crise de doute aigüe du côté des investisseurs et une très forte décollecte. En moins d’une semaine, plus d’un milliard d’euros avaient été retirés par les investisseurs en question.

Face à cela, Natixis s'est attachée à prouver, entre autres, à ses clients que les actifs détenus dans les fonds de H2O ne se révélaient, in fine, pas aussi soumis au risque d’illiquidité que ce qu’affirmait la presse britannique. Un incroyable feuilleton pour la banque de financement qui, de l’avis d’Arnaud Monnet, directeur général et co-fondateur d'Horizon AM (société de gestion de Private Equity Immobilier), ne devrait pourtant pas tant enflammer les esprits.

Comment expliquez-vous cette spirale infernale dans laquelle Natixis est plongée depuis une dizaine de jours ?

Arnaud Monnet : Clairement, il faut dédramatiser le sujet. On retrouve, certes, tous les ingrédients d’un bon scénario hollywoodien. Mais le véritable sujet concerne les fonds à haut rendement et donc à haut risque que sont les fonds Allegro. On leur reproche de disposer d’une part d’actifs illiquides importante et concentrés. Or, dans les faits, cela représente moins de 10% du portefeuille global. Nous ne sommes pas non plus sur une surexposition. En une semaine, Natixis a prouvé que les actifs en question pouvaient être aisément revendus en en cédant 30%. La banque a donc allégé ses positions sur ces actifs pour prouver sa bonne foi et jouer la carte de la transparence.

Alors ‘oui’, les craintes du Financial Times se révèlent légitimes, mais les réactions des marchés et des investisseurs sont en réalité disproportionnées. Sans parler des conséquences pour la banque puisque le titre Natixis a fortement chuté.

Cette démesure peut s’expliquer de différentes manières. Elle est, notamment, due aux crises et aux scandales qui se sont succédé ces dernières années et qui ont entraîné une méfiance croissante de la part des investisseurs envers les asset managers. Lesquels sont supposés placer de l’argent dans l’économie réelle. Aussi, toute la question tient au fait de voir comment on peut redonner de la confiance aux investisseurs. Les asset managers doivent clairement faire preuve de plus de transparence pour parvenir à cette fin. Mais la tâche n’a rien d’évident. Pourquoi ? Car de manière générale, il est vrai que les investisseurs souhaitent miser sur des produits liquides. Or, pour aller chercher de la performance, il faut accepter qu’il y ait une part d’illiquidité. Nous ne sommes pas loin du cercle vicieux.

A la fin de l’année dernière, Natixis avait déjà été confrontée à une épisode boursier relativement douloureux. Son titre avait plongé de 6% suite à l’annonce d’une perte sur ses activités de produits dérivés en Corée du Sud. Deux chocs boursiers en seulement quelques mois qui posent la question du modèle stratégique déployé par la banque. Quel regard portez-vous sur celui-ci ?

Natixis est une structure tellement importante qu’elle déploie, en réalité, des centaines de stratégies partout dans le monde. Ce qui est certain en revanche, c’est qu’elle se retrouve aujourd’hui entre le marteau et l’enclume avec, d’un côté, des investisseurs qui veulent du rendement et des asset managers qui sont plus ou moins contraints de prendre des risques du fait de la pression du résultat dans un contexte de taux bas. 

Dire que ce nouvel épisode pourrait fortement déstabiliser Natixis, je ne pense pas. Il s’agit d’une banque qui a les reins solides et qui peut absorber ce choc. Il n’existe pas de risques majeurs selon moi. Ce, même si l’action Natixis a tout de même dévissé de 20% en un mois. Pour le coup, c’est assez monstrueux. Et amortir ce coup risque bien de lui prendre quelques années.

Compte tenu des tumultes auxquels Natixis est de nouveau confrontée, pensez-vous qu’il faille encore investir dans l’un de ses fonds ?

Il existe une approche bien connue de Warren Buffett qui met en exergue l’importance de ne jamais avoir des réactions de moutonniers. Il s’agit, selon moi, d’une approche qu’il convient de conserver à l’esprit vis-à-vis de Natixis. Il peut être judicieux justement de se positionner maintenant dans la mesure où le titre vient de perdre 14% et 6% à la fin de l’année dernière. Tout l’enjeu demeure celui de maintenir une bonne diversification au sein d’un portefeuille. Si l’on reste sur des titres Natixis sans dépasser les 5 ou 6%, on ne risque pas grand-chose a priori. C’est une position minoritaire dans tous les cas.

Dans le cas où les investisseurs disposent de fortes expositions au titre Natixis, ce n’est pas aujourd’hui qu’il convient de sortir. A la rigueur, il aurait été préférable de sortir avant. Mieux vaut ne pas bouger, du moins pas pour l’instant. Il faut se méfier de cette sorte d'effet moutonnier qui peut, parfois, prendre des proportions démesurées.

Julie COHEN-HEURTON