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A court d'argent, la Grèce veut récupérer de l'argent caché en Suisse

1,4 milliard d'euros d'avoirs grecs seront déposés sur des comptes en Suisse.

1,4 milliard d'euros d'avoirs grecs seront déposés sur des comptes en Suisse. - Fabrice Coffrini - AFP

Athènes et Berne ont repris leurs discussions pour renforcer les mécanismes d'échange d'informations entre les deux pays.

La Suisse fait un pas de plus vers la fin du secret bancaire, et cette fois-ci c'est avec la Grèce. Les discussions entre Berne et Athènes sur les avoirs grecs non déclarés déposés sur des comptes en Suisse ont en effet repris vendredi à Athènes alors que le pays est à court d'argent, selon des sources concordantes.

En visite à Athènes, le secrétaire d'Etat suisse aux questions financières internationales, Jacques de Watteville, s'est mis d'accord avec des responsables grecs dont le député d'Etat chargé de la lutte contre la corruption Panagiotis Nikoloudis, pour reprendre la coopération bilatérale sur les sujets de l'imposition et des contrôles des dépôts bancaires des Grecs en Suisse. Et ce en renforçant les mécanismes d'échange ou de transfert des données entre les deux pays.

Une nouvelle rencontre aura lieu "après les fêtes de Pâques", soit fin avril, selon une source gouvernementale grecque. "Les outils existent (..) il ne faut pas perdre plus de temps", a indiqué Jacques de Watteville à l'issue de ces entretiens aux médias grecs.

1,4 milliard d'euros en Suisse

Selon le Département fédéral des finances, les deux pays "ont notamment discuté de la préparation de l'échange automatique de renseignements, dont l'introduction est prévue pour 2017/2018". C'est la première fois depuis l'arrivée au pouvoir de la gauche radicale en Grèce que Berne et Athènes ont discuté de ce sujet. La dernière rencontre de haut niveau sur ce sujet entre les deux pays remonte au 4 février 2014. La ministre suisse des Finances avait alors rencontré son homologue grec Yannis Stournaras et proposé, selon les médias suisses, une solution pour régler le dossier.

Au total, selon des chiffres publiés la semaine dernière par le journal suisse Tages-Anzeiger, 1,5 milliard de francs suisses (1,4 milliard d'euros) d'avoirs grecs seraient déposés sur des comptes en Suisse. Sur ces avoirs, une partie serait des fonds déclarés. Une autre partie concernerait des cas de fraude fiscale mais aussi des fonds qui ont bénéficié de généreuses exonérations fiscales en Grèce (par exemple des armateurs) et qui échappent donc légalement à toute imposition.

Les autorités suisses ont jusqu'à présent indiqué ne pas connaître le détail de ces avoirs. Interpellée à ce sujet, le 9 mars, par une députée lors d'une session du Conseil national (Chambre basse), la ministre suisse des Finances, Eveline Widmer-Schlumpf, a affirmé que "le Conseil fédéral n'avait aucune information sur le montant probable des actifs non taxés grecs en Suisse".

Imposer les Grecs qui ont des avoirs non déclarés 

Ces derniers jours, les médias suisses s'étaient étonnés que malgré son besoin d'argent urgent, Athènes n'ait rien fait pour récupérer les sommes détenues par des citoyens grecs sur des comptes dans les banques suisses. Le Premier ministre grec, Alexis Tsipras, a annoncé vendredi dernier depuis Bruxelles le prochain lancement de négociations avec le gouvernement suisse pour relancer des pourparlers "en vue d'un accord sur les dépôts de Grecs en Suisse". Et mercredi soir, il s'est entretenu au téléphone depuis Athènes avec la directrice du Fonds monétaire international Christine Lagarde sur les réformes envisagées par Athènes et la situation financière du pays, a indiqué jeudi une source gouvernementale.

L'entretien a eu lieu "dans un bon climat", la directrice du FMI déplorant toutefois que la Grèce n'ait rien fait jusqu'ici pour imposer les Grecs qui ont des avoirs grecs non déclarés déposés sur des comptes en Suisse. Ces fraudeurs présumés sont connus du gouvernement grâce à la liste de Hervé Falciani, l'ex-informaticien de HSBC. En Grèce, cette liste est connue sous le nom de "liste Lagarde", car elle avait été fournie au gouvernement grec par Christine Lagarde, lorsqu'elle était ministre de l'Economie et des Finances en France.

D. L. avec AFP