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Vous pourrez bientôt acheter des tomates bio… cultivées en serres chauffées

Les partisans de l’octroi du label bio aux tomates et concombres cultivés en serres chauffées ont obtenu gain de cause. Le Comité national de l’agriculture bio vient de trancher en leur faveur dans le débat qui les opposait notamment aux acteurs historiques de la filière bio.

Dans la guerre de la tomate, les partisans des serres chauffées ont gagné. Le comité national de l'agriculture biologique a décidé d'autoriser leur utilisation en agriculture bio, tout en encadrant leur utilisation, a indiqué jeudi le ministère de l'Agriculture.

Le débat faisait rage depuis plusieurs mois au sein du comité. Ce dernier s’était déjà réuni deux fois pour statuer, en décembre 2018 et en avril 2019, sans parvenir à se prononcer sur cet épineuse question. Car sa cinquantaine de membres - issus des syndicats agricoles, des chambres d’agriculture, des coopératives, des fédérations de producteurs bio, des associations de consommateurs et de l’administration- n’arrivaient pas à se mettre d’accord.

Le chauffage pour limiter les produits toxiques

D’un côté, la FNSEA, les chambres d’agriculture, les coopératives d’agriculteurs défendaient le label bio pour des fruits et légumes cultivés en serres chauffées. Parmi leurs arguments: le chauffage permettait d’éliminer certains parasites des plantes, et donc de limiter l’utilisation de produits toxiques.

Les partisans des serres chauffées déplorent en outre que "78% de la tomate biologique présente dans les circuits longs de distribution en France est importée". Ils estiment que leur interdire de faire du bio en serre chauffée créé une distorsion de concurrence avec l’Espagne, l’Italie ou le Maroc, où le climat et la législation permettent de commercialiser des tomates bio dès le printemps.

En revanche, ils assurent ne pas envisager de produire des tomates bio en hiver, intention que leur prêtaient les opposants aux serres chauffées. Ces derniers, au premier rang desquels la Fédération nationale de l’Agriculture biologique, les syndicats d’entrepreneurs du bio et les associations de consommateurs, s’opposent à ce qu’ils appellent "l’industrialisation du bio".

La saisonnalité respectée

Pour ces acteurs, l’octroi du label bio aux végétaux cultivés en serres chauffées ne sert que les grands industriels. Des gros agriculteurs qui veulent simplement "rentabiliser leurs serres chauffées", écrivent-ils dans une pétition en ligne, lancée notamment par la Fédération Nationale de l’Agriculture Biologique et Greenpeace, qui a recueilli plus de 80.000 signatures.

Ces acteurs historiques du bio dénonçaient par ailleurs le bilan carbone des serres chauffées. Et surtout donc, ils déploraient qu’on envisage de laisser produire des tomates en hiver. "Une aberration", s’exclamaient-ils dans la pétition, puisque "le cahier des charges bio impose ‘le respect des cycles naturels".

De toute façon, la décision du comité du bio ne laisse pas l’opportunité de ne pas respecter la saisonnalité: "le chauffage des serres est autorisé, mais il n'y aura pas de commercialisation entre le 21 décembre et le 30 avril" de fruits et légumes bio produits en France, a indiqué le ministère de l’Agriculture. 

Nina Godart