BFM Business

Vivrons-nous jusqu'à 120 ans grâce à un médicament contre le diabète?

Les tests cliniques effectués sur les souries ont révélé une espérance de vie accrue de 40%. L'effet sera-t-il le même sur les humains?

Les tests cliniques effectués sur les souries ont révélé une espérance de vie accrue de 40%. L'effet sera-t-il le même sur les humains? - 80odd yearsofhappy - Youtube

Découverte en 1929 et commercialisée depuis les années 50 pour traiter le diabète, la Metformine permettrait de considérablement ralentir le vieillissement des cellules. Une grande étude clinique va être lancée aux Etats-Unis en 2016 pour le démontrer.

Voilà peut-être une mauvaise nouvelle pour le financement futur des retraites. Un médicament pourrait considérablement améliorer l'espérance de vie. Vivre jusqu'à 120 ans pourrait ne plus être si exceptionnel. Pour mémoire, seule la française Jeanne Calment aurait atteint cet âge canonique dans le monde.

Mais quel est donc ce médicament qui permettrait un tel miracle? Une innovation mise au point par un géant de la pharmacie? Pas du tout. Il s'agit d'un antidiabétique tout simple connu sous le nom de Metformine. La molécule est commercialisée sous le nom de Glucophage en France et existe même en générique. Elle a été découverte en 1929 et est commercialisée depuis les années 50 aux Etats-Unis. Elle permet de réguler le niveau de sucre chez les personnes atteintes de diabète de type 2 (85% des diabètes dans le monde). 

Une approche révolutionnaire

Mais comment un médicament contre le diabète dont la version générique vaut moins de 2 euros en pharmacie pourrait permettre de ralentir le processus de vieillissement? Car la Metformine stimule le nombre de molécules d'oxygène libérées dans les cellules, permettant, ainsi, d’accroître leur force et leur capacité à survivre plus longtemps. Or, en améliorant la longévité des cellules, on freine le développement des pathologies liées à l'âge

Aux dires des scientifiques, cette vertu est révolutionnaire. "Les traitements actuels pour les maladies liées au vieillissement consistaient simplement à échanger une maladie pour une autre, explique dans Nature Nir Barzilai médecin de l'Albert Einstein College of Medicine à New York. Et les gens traités pour une maladie liée à l'âge finissent par mourir d'une autre assez par la suite. Ce que nous voulons montrer c'est qu'n retardant le vieillissement, nous retardons tous les maladies."

Une espérance de vie accrue de 40% sur les souries

Pour prouver l'efficacité du médicament, un test clinique appelé TAME (Targeting Ageing with Metformin) va débuter en 2016. L'agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux (FDA) a donné son accord. Les chercheurs vont pouvoir recruter 3.000 personnes âgées de 70 à 90 ans atteintes de pathologies liées à l'âge (cancer, troubles cognitifs, maladies cardiaques) afin de mesurer sur elles durant 5 à 7 ans les effets de la Metformine. 

Une précédente étude publiée fin 2014 et réalisée auprès d'une très gros échantillon de 180.000 personnes avait déjà révélé les vertus de la Metformine. Les patients diabétiques traités avec le médicament vivaient plus longtemps que ceux traités avec un autre médicament et surtout plus longtemps que les non-diabétiques.

Des essais effectués sur des animaux avaient aussi eu des résultats similaires sur la longévité. "Si les effets sur les humains sont les mêmes que ceux révélés dans les études animales, il sera peut-être possible d'atteindre les 120 ans en bonne santé", envisage le site britannique Diabete.co.uk. Testée en Belgique sur des vers de terre et des souries, la Metformine avait accru leur durée de vie de 40%. Et surtout, et c'est là l'essentiel, en bonne santé.

Ces médicaments dont on découvre de nouvelles vertus

Initialement utilisé pour traiter le diabète, la Metformine pourrait donc être utilisée pour tout à fait autre chose. Ce n'est pas une première, loin de là. L'exemple le plus fameux est celui du viagra. Pfizer pensait au départ avoir trouvé un remède contre l’angine de poitrine et découvert par hasard ses vertus contre l’impuissance masculine. A la différence près que le laboratoire américain a bénéficié pendant 20 ans du monopole de la vente de ce médicament.

Et l’histoire de la pharmacopée regorge de cas similaires. Dans le domaine de la psychiatrie par exemple. Avant les années 50, les psychotropes n’existaient pas. Un jour un médecin français constate qu’un antihistaminique (médicament contre les allergies), le Phenergan permet de réduire les états d'agitation de ses patients. Ce constat va permettre de développer le médicament qui va agir sur le cerveau. Le premier psychotrope qui va permettre de soigner les schizophrènes.

Frédéric Bianchi et Pierre Kupferman