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Travail d’enfants en Côte d’Ivoire: Nestlé à nouveau dans le viseur

Des enfants ivoiriens sur le chemin du travail vers une plantation de cacao, le 29 janvier 2007.

Des enfants ivoiriens sur le chemin du travail vers une plantation de cacao, le 29 janvier 2007. - Kambou Sia - AFP

A l’approche des fêtes, l’ONG Sum of Us relance une campagne vidéo contre Nestlé, visé aux Etats-Unis par une class action pour le travail forcé d’enfants en Côte d’Ivoire. En 24 heures, leur vidéo a été déjà été vues plus de 100.000 fois.

La face cachée du chocolat. Derrière certains produits industrialisés à base de cacao se cache une réalité peu reluisante, celle de l’exploitation d’enfants dans les champs de culture, notamment en Côte d’Ivoire. Dans ce pays, premier producteur mondial de cacao, de nombreux géants, dont Nestlé, s’approvisionnent auprès de fournisseurs locaux.

Or, certains de ces fournisseurs sont soupçonnés d’exploiter des enfants dans des conditions de travail effroyables. Mercredi, à la veille des fêtes de Noël, l’ONG Sum of Us a diffusé une vidéo visant directement Nestlé, et s'appuyant notamment sur des informations divulguées par un cabinet d’avocats américain, Hagens Berman. Ce cabinet juridique, spécialisé dans le droit des consommateurs, avait déposé une class action en septembre dernier visant Nestlé pour "importer des fèves de cacao produites par des fournisseurs exploitant des enfants, et pratiquant le trafic de mineurs".

La firme dément formellement les accusations

Le géant agroalimentaire avait déjà à l’époque formellement démenti ces accusations, et réagi via un communiqué, rediffusé via Twitter le 10 décembre dernier. "Le travail des enfants est une pratique inacceptable qui va à l’encontre de toutes nos valeurs et tous les principes du groupe Nestlé", peut-on lire dans ce texte, qui rappelle les différents engagements du groupe en faveur des enfants: "construction d’écoles, financement d’équipements scolaires, sensibilisation au problème auprès des communautés locales…" Contactée par BFMTV.com, la firme n'a pas souhaité réagir plus avant.

"Nestlé se contente de faire du cas par cas"

"Ce n'est que de la communication’", balaie un porte-parole de l’ONG Sum of Us, joint par BFMTV.com. “Nestlé fait le minimum. Ils se contentent de faire du cas par cas et d’améliorer le sort d'une poignée d'enfants. Or, ce phénomène concerne plus d’un million d’entre eux! Il est temps que Nestlé ne travaille véritablement plus qu’avec des producteurs décents, à travers des filières qui respectent les salariés, comme celles du commerce équitable". 

En à peine plus de 24 heures, la vidéo mise en ligne par l'ONG Sum of Us comptabilise près de 104.000 vues. La pétition, qui avait été lancée en octobre dernier, approche, elle, des 100.000 signatures.

Près de 4.000 enfants sauvés depuis 2012

Entre 300.000 et un million d'enfants travaillent dans le cacao ivoirien, selon la fondation Initiative internationale pour le cacao (ICI), une organisation créée par l'industrie du chocolat pour lutter contre le travail des enfants dans la filière, qui souligne que cette notion recouvre une réalité complexe, allant d'une contribution occasionnelle à du travail forcé. Mais même quand il reste épisodique, le travail des mineurs reste extrêmement dangereux, insistent les associations impliquées dans la lutte contre ce phénomène.

Le 15 décembre dernier, la Côte d'Ivoire, qui s'est engagé depuis quelques années à éliminer ce "fléau", a présenté le bilan du Plan d'action de lutte contre les pires formes de travail des enfants (PFTE). Entre 2012 et 2014, près de 4.000 enfants "victimes de traite et d'exploitation" dans le secteur du cacao ivoirien "ont été retirés et pris en charge" par les autorités.