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Pourquoi vous n'aurez plus besoin de goûter le vin au restaurant

Diam fabrique ces bouchons spéciaux depuis plus de 10 ans.

Diam fabrique ces bouchons spéciaux depuis plus de 10 ans. - Georges Gobet - AFP

Des bouchons qui ne laissent aucun goût de bouchon, mis au point par le Français Diam, révolutionnent la conservation du vin. Plus d'un milliard se sont déjà vendus.

Des bouchons sans goût de bouchon. C'est sur cette promesse alléchante et high-tech que le français Diam a réussi à se faire une place sur le marché mondial du vin. Dix ans plus tard, il se vendu plus d'un milliard de bouteilles équipées de son innovation par an! Dont les trois quarts hors de France. Aujourd'hui, un grand cru de Bourgogne sur quatre est bouché avec le bouchon Diam, ainsi que 20% du champagne, selon Oeneo, le propriétaire de la marque.

Pour satisfaire la demande grandissante, le groupe va installer ce mois-ci deuxième usine sur un site déjà existant situé à Céret (Pyrénées-Orientales). 25 nouveaux emplois seront créés. L'investissement s'élève à 30 millions d'euros (dont 10% d'aides publiques) pour permettre d'augmenter la production de 70%. A terme, deux milliards de ces bouchons sortiront des atelier chaque année.

Diam deuxième fournisseur mondial de bouchon

Derrière ce succès, une technologie brevetée qui permet d'extraire du liège le trichloroanisol, dit TCA, une molécule chimique redoutée par les vignerons car responsable du goût bouchonné. Le procédé a été mis au point en collaboration avec le Commissariat à l'énergie atomique (CEA), en adaptant une technique d'extraction déjà utilisée dans l'industrie agroalimentaire, par exemple pour récupérer la caféine.

Traditionnellement, les bouchons sont façonnés directement à partir de l'écorce de l'arbre, sans procédé industriel. Majoritairement au Portugal, où le groupe Amorim est ultra-dominant sur le marché du bouchon, puisque la péninsule ibérique compte les plus belles forêts de chêne-liège au monde. 

Diam glane désormais 10% du marché mondial du bouchon en liège, en deuxième position derrière Amorim. Mais "il n'est pas toujours facile de convaincre ceux qui utilisent des bouchons naturels. Le monde du vin évolue lentement", reconnaît François Morinière, directeur général d'Oeneo. Reste qu'une fois qu'ils l'ont testé, les clients ne veulent plus que le Diam, assure le directeur commercial Bruno de Saizieu: "ils sont d'abord contents de l'effet sur le vin blanc, puis ils passent au rouge". Le bouchon permet aussi d'assurer une qualité homogène de l'ensemble des bouteilles d'un même cru.

L'expiration du brevet ne fait pas peur à Oeneo

"Diam veut être le dernier acte oenologique du client: car on travaille la vigne d'une manière de plus en plus précise, mais quand on met le bouchon on ne sait pas le résultat qu'il donnera", souligne Bruno de Saizieu, qui promet jusqu'à 30 ans sans apport d'oxygène à ses clients. 

Au sein du très rentable groupe Oeneo, le bouchage fournit 60% des ventes, le reste venant de la tonnellerie. Les ventes de bouchons ont progressé de 10% en 2014/2015. Le groupe, dont l'actionnaire majoritaire est la famille Hériard Dubreuil, qui contrôle également le groupe de spiritueux Rémy Cointreau, dit ne pas craindre l'expiration du brevet sur ses bouchons en 2021, car il continue de travailler sur l'innovation.

D'autant que "pour un concurrent, construire une telle usine représente un investissement lourd. Et il leur sera difficile de changer leur discours du jour au lendemain, alors qu'ils dénigrent Diam", reprochant aux bouchons leur "manque de naturel", estime François Morinière.

D. L. avec AFP